Incendies en Gironde : l'économie redoute l'effondrement
Incendies en Gironde : l'économie redoute l'effondrement

Deux incendies géants ont ravagé cet été près de 21 000 hectares de forêt en Gironde, contraignant des dizaines de milliers de personnes à évacuer. Alors que les flammes sont désormais maîtrisées, le choc économique se propage : le tourisme, la sylviculture et le vignoble, piliers du département, redoutent un effondrement durable.

Un été noir pour la Gironde

Entre juillet et août 2022, deux foyers ont marqué les esprits : celui de Landiras, au sud de Bordeaux, et celui de La Teste-de-Buch, sur le bassin d'Arcachon. Selon la préfecture de Gironde, les incendies ont détruit environ 20 600 hectares de pinède, de maquis et de zones naturelles. Quelque 36 000 habitants et vacanciers ont été évacués, parfois dans des conditions chaotiques, tandis que des milliers de sapeurs-pompiers luttaient jour et nuit contre les flammes.

Le sinistre est l'un des plus importants jamais enregistrés dans le département. Il a également provoqué d'importants dégâts matériels, avec des campings entièrement rasés à La Teste-de-Buch, notamment au niveau du bassin d'Arcachon, zone touristique majeure.

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Le tourisme, premier secteur touché

La saison touristique, normalement faste, a viré au cauchemar pour de nombreux professionnels. Les incendies ont éclaté en pleine haute saison, contraignant les campings et hôtels à fermer et les restaurants à annuler les réservations. La Dune du Pilat, site emblématique, a été fermée au public pendant plusieurs semaines, et les plages du bassin d'Arcachon ont vu leur fréquentation chuter.

La CCI de Bordeaux-Gironde évalue les premières pertes directes pour le tourisme à plusieurs dizaines de millions d'euros. À cela s'ajoute une annulation en cascade des séjours dans tout le département, y compris dans des zones épargnées par les flammes. Les professionnels craignent que les images des fumées noires ne dissuadent les visiteurs pour les prochaines saisons.

La filière forêt mise à l'arrêt

La forêt de pins maritimes, première ressource naturelle de la Gironde, est en grande partie détruite. Les exploitants forestiers doivent sécuriser les zones brûlées avant de pouvoir récolter le bois abîmé, une opération urgente pour éviter que les grumes ne perdent leur valeur. Les scieries, les entreprises de pâte à papier et les artisans du bois fonctionnent au ralenti, faute d'approvisionnement suffisant.

Selon la Fédération des forestiers privés de Nouvelle-Aquitaine, plusieurs milliers de propriétaires sont sinistrés. La reconstruction de ce massif, essentiel pour l'économie comme pour le stockage du carbone, prendra des décennies. Les élus locaux demandent la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle pour faciliter les indemnisations et débloquer des aides à la reconstitution des peuplements.

Le vignoble, entre craintes et espoir

Les vignes n'ont pas été directement détruites par les flammes, mais la fumée a recouvert une partie des grappes. Les viticulteurs redoutent un « goût de fumé » qui rendrait les vins invendables. Des analyses sont en cours dans de nombreux domaines, notamment dans les appellations de l'Entre-deux-Mers et des Graves, pour évaluer l'impact sensoriel.

Dans le même temps, le secteur viticole fait face à une pénurie de saisonniers et à des difficultés logistiques. Les vendanges, qui approchaient, ont été perturbées dans certaines exploitations. Les vignerons appellent à un sursaut de solidarité pour éviter que cette saison noire n'aggrave une filière déjà fragilisée par la crise sanitaire et la hausse des coûts de production.

Des soutiens attendus à la hauteur du sinistre

Face à l'ampleur du désastre, l'État a annoncé des premières mesures : fonds d'indemnisation pour les entreprises, exonérations de cotisations sociales, activation du chômage partiel. La Région Nouvelle-Aquitaine et le département de la Gironde ont également débloqué des enveloppes exceptionnelles pour venir en aide aux acteurs économiques sinistrés.

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Mais les organisations professionnelles jugent ces moyens insuffisants au regard de l'effondrement annoncé. Le président de la CCI locale rappelle que la question de la relance ne se limitera pas à l'été : il faudra sécuriser les massifs forestiers, relancer l'attractivité du territoire et réinventer une économie durable face au risque incendie. La Gironde devra apprendre à vivre avec cette nouvelle donne climatique, sans que son activité n'en soit à jamais fragilisée.