Gérald Russo, nouveau directeur du Casino Barrière de Menton, un parcours singulier
Gérald Russo, nouveau directeur du Casino Barrière de Menton

Du Caire à Menton : le parcours singulier de Gérald Russo

À peine ses bagages déposés, Gérald Russo est déjà à pied d’œuvre. Depuis le 1er juin, le nouveau directeur du Casino Barrière de Menton, qui remplace Hilario Aznar (parti pour prendre la tête du Casino Ruhl de Nice), découvre son nouvel environnement, ses équipes… et, bientôt, la ville. « Je me suis installé lundi dernier », glisse-t-il dans un sourire, interrompu un instant, en fin d’entretien, par l’arrivée de son livreur. Le ton est donné : pour ce natif de Cannes, nommé à la tête de l’établissement mentonnais après une expérience à l’international, le retour au pays ressemble autant à un nouveau défi qu’à un retour aux sources.

De la vallée savoyarde de Brides-les-Bains aux rives de la Méditerranée, en passant par l’Égypte et les casinos du Caire (trois années passées à piloter les établissements El-Gezirah et Le Pacha, au cœur d’un univers radicalement différent), le parcours professionnel de Gérald Russo épouse depuis plus de vingt ans les contours d’un univers qu’il connaît intimement : celui du jeu.

Un retour aux sources après une expérience à l’international

« Mon projet avec le groupe était de revenir en France pour reprendre un casino français », explique celui qui ne cache ni son enthousiasme ni son impatience. « Je suis extrêmement content, excité par ce nouveau challenge. Et puis ça me rapproche de ma famille et de mes racines. »

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Dans le monde feutré des casinos, Gérald Russo n’est pourtant pas un novice. Voilà près de 25 ans qu’il évolue dans cet univers. Un milieu qu’il connaît intimement, sans pourtant y être entré par évidence. Issu d’une famille de casinotiers liée à l’histoire de l’établissement de jeux de Brides-les-Bains, il s’était d’abord promis de prendre un autre chemin. « Comme tout adolescent rebelle, j’avais dit : “Jamais je ne travaillerai dans les casinos”, et puis finalement… », raconte-t-il en souriant.

De la musique au casino : une formation exigeante

Passionné de musique, batteur autodidacte, il pousse même jusqu’aux études de musicologie à Lyon, avec une discipline presque obsessionnelle : « Je jouais dix heures par jour. » Une exigence qu’il dit avoir conservée dans sa manière de travailler. « La musique m’a appris la rigueur et le travail », confie celui qui garde encore aujourd’hui un fond sonore permanent dans son bureau, naviguant du jazz au rock, du blues au funk. Avant les machines à sous et les tables de jeux, c’est donc derrière une batterie que s’est façonnée une partie de sa méthode : discipline, écoute et sens du rythme.

Puis le casino finit par le rattraper. À 18 ans, il rejoint finalement l’entreprise familiale. « Mon père et mon oncle sont partis de rien. Ils ont été très exigeants avec moi. Mais ça m’a permis de progresser. » Après plusieurs directions en France — Bussang, Houlgate, Sanary-sur-Mer — puis trois années au Caire, Gérald Russo mesure aujourd’hui les différences. Là-bas, pas de clientèle locale : les Égyptiens n’ont pas le droit de jouer dans les casinos. L’activité repose presque exclusivement sur une clientèle touristique du Moyen-Orient, très tournée vers les jeux de table.

« Ici, en France, l’approche est totalement différente, souligne-t-il. La clientèle est majoritairement composée de joueurs de machines à sous, avec un lien de proximité plus fort entre habitués et personnel. » Et c’est précisément ce lien humain qui semble guider sa vision du métier.

Le casino, un café comme les autres ?

À l’heure où les jeux en ligne séduisent une part croissante du public, le nouveau directeur refuse de voir le casino traditionnel comme un modèle menacé. Selon lui, la différence se joue ailleurs. « Un casino reste un commerce. Mais un commerce d’un genre particulier, où l’humain demeure central. Les gens viennent passer un bon moment, discuter, retrouver des visages connus. Certains clients viennent quasiment tous les jours sans forcément jouer. Ils viennent parce qu’ils aiment échanger avec l’agent d’accueil, le barman, les équipes… »

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Dans sa bouche, le casino apparaît moins comme un simple lieu de jeu que comme un espace de sociabilité. Un endroit où l’on entretient des habitudes, où les clients se reconnaissent, où l’on vient parfois autant pour un café ou une discussion que pour miser quelques euros.

« On crée du lien social. Et ça, vous ne le retrouverez jamais dans le numérique », insiste-t-il. Une vision qui résonne particulièrement à Menton, où le casino a progressivement élargi son offre bien au-delà des machines à sous : restauration, concerts, programmation culturelle, café des sports, retransmissions sur écran géant, « Pilouface », le tout nouvel espace de jeux de société ou encore soirées estivales. « On parle toujours du monde des jeux, mais un casino, ce n’est pas que ça », rappelle-t-il.

Une identité qui doit se revendiquer face à une concurrence internationale proche, à savoir Monaco et l’Italie. « Monaco, c’est un monstre du casino, reconnaît-il sans détour. L’objectif de l’établissement mentonnais est ailleurs. Il nous faut fidéliser une clientèle touristique mais surtout locale, celle qui fréquente l’établissement toute l’année. » Une vocation de lieu de divertissement au sens large qui semble fonctionner, à l’image de ce bon résultat : la salle de spectacle affiche 90 % de remplissage sur la saison passée.

Sa boussole : « La satisfaction client »

La ville de Menton, pour l’instant, Gérald Russo confesse ne pas avoir eu le temps de la visiter. « J’ai juste fait un aller-retour sur l’avenue principale », sourit-il. Mais le décor a déjà fait son effet. « Le cadre est magnifique, le bâtiment est magnifique, Menton est magnifique. » Reste désormais à écrire la suite. Dans une ville où le casino occupe une place singulière, entre animation culturelle, restauration, grands événements et lieu de sociabilité, Gérald Russo entend poursuivre la dynamique engagée, notamment après les récents aménagements et le développement de nouveaux rendez-vous festifs.

Avec une idée fixe : fidéliser une clientèle déjà très attachée à son établissement. Dans un an, lorsqu’il regardera ses premiers mois à la tête du casino, un indicateur primera sur tous les autres : le retour de la clientèle. « Sans les clients, nous ne sommes rien », tranche-t-il… À Menton, le nouveau directeur ne veut pas révolutionner la partition du casino. D’abord écouter, comprendre, puis ajuster le tempo. Pour ce musicien de formation, reste désormais à trouver le bon rythme.