Le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde a continué de reculer en 2023, selon un rapport de l'ONU publié ce mercredi. Environ 733 millions de personnes ont été confrontées à la faim l'année dernière, soit 152 millions de moins qu'en 2015. Cependant, ce chiffre reste préoccupant et l'objectif de développement durable n°2 (éliminer la faim d'ici 2030) semble de plus en plus difficile à atteindre.
Une amélioration notable, mais insuffisante
Le rapport conjoint de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), du Fonds international de développement agricole (FIDA), de l'UNICEF, du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que la prévalence de la sous-alimentation a diminué de 12,7 % en 2015 à 11,9 % en 2023. Cela représente environ 733 millions de personnes, contre 885 millions en 2015.
« Nous avons fait des progrès, mais pas assez rapides », a déclaré le directeur général de la FAO, Qu Dongyu. « Il faut accélérer les efforts pour atteindre l'objectif de la faim zéro d'ici 2030. » Selon les projections actuelles, environ 582 millions de personnes seront encore chroniquement sous-alimentées en 2030, soit plus de la moitié de l'objectif fixé.
Des disparités régionales marquées
Les progrès sont inégaux selon les régions. En Asie, le nombre de personnes sous-alimentées a diminué de 45 % depuis 2015, tandis qu'en Amérique latine et dans les Caraïbes, il a chuté de 32 %. En revanche, en Afrique subsaharienne, la faim a augmenté de 13 % sur la même période, en raison des conflits, des chocs climatiques et des crises économiques.
« L'Afrique reste la région la plus touchée, avec plus de 300 millions de personnes confrontées à la faim », souligne le rapport. « La situation est particulièrement critique dans la Corne de l'Afrique, où la sécheresse et l'insécurité ont provoqué une crise alimentaire majeure. »
Les causes multiples de la faim
Le rapport identifie plusieurs facteurs à l'origine de la faim : les conflits armés, les événements climatiques extrêmes, les ralentissements économiques et les inégalités. En 2023, 60 % des personnes sous-alimentées vivaient dans des zones de conflit. Par ailleurs, 30 % des pays ont connu des chocs climatiques sévères, affectant la production agricole.
« La pandémie de Covid-19 a inversé la tendance à la baisse de la faim dans le monde, et la reprise est lente », explique Cindy McCain, directrice exécutive du PAM. « Nous devons investir dans la résilience des communautés vulnérables pour prévenir les crises futures. »
Des progrès dans la lutte contre la malnutrition
Le rapport note également des progrès dans la réduction du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans : il est passé de 22,2 % en 2015 à 20,8 % en 2023, soit environ 148 millions d'enfants concernés. Cependant, le nombre d'enfants souffrant d'émaciation (maigreur excessive) reste élevé, à 45 millions, et l'obésité chez les adultes continue d'augmenter, touchant 13,5 % de la population mondiale.
« La malnutrition sous toutes ses formes reste un défi majeur », déclare le rapport. « Il est essentiel de promouvoir des systèmes alimentaires sains et durables. »
Appel à une action urgente
Les organisations onusiennes appellent les gouvernements et les partenaires à redoubler d'efforts pour financer l'agriculture durable, renforcer la protection sociale et soutenir les petits exploitants. Elles insistent sur la nécessité de transformer les systèmes agroalimentaires pour les rendre plus résilients et inclusifs.
« Nous savons ce qui fonctionne : des investissements ciblés dans l'agriculture, l'éducation et la santé peuvent faire la différence », affirme Qu Dongyu. « Nous devons agir maintenant pour éviter que la faim ne devienne une crise permanente. »
Le rapport complet sera présenté lors du prochain sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires, prévu en septembre 2025.



