Face au RN : patrons, osez le courage politique et moral
Face au RN : patrons, osez le courage politique

Chefs d'entreprise et organisations patronales réservent leur évaluation du Rassemblement national à son seul programme économique. Une faute, car celui-ci est indissociable du projet de société, profondément délétère. Il est urgent de cesser de se taire et d'afficher avec courage une position à la fois politique et morale.

Des rencontres qui interrogent

Des patrons du CAC 40 devaient-ils dîner le 7 avril chez Drouant avec Marine Le Pen ? La direction du Medef devait-elle déjeuner, treize jours plus tard, avec Jordan Bardella ? Ces questions, bien que légitimes, ne doivent pas occulter l'essentiel : ces entrevues, même si elles polissent la stratégie de notabilisation du RN, sont censées éclairer la communauté entrepreneuriale sur son projet économique. Mais l'adoubement s'arrête là.

L'erreur fondamentale

L'erreur est de circonscrire les justifications au seul programme économique. Or, celui-ci n'est pas dissociable du projet de société. Comment s'exprimer uniquement sur l'économie quand le projet repose sur la préférence nationale, le déni démocratique, la déconstruction de l'État de droit, la contestation du fait écologique, la stigmatisation des corps intermédiaires ? Des édiles ont offert une démonstration spectaculaire des véritables desseins de l'idéologie RN : retrait du pavoisement étoilé à Carcassonne, abandon des commémorations du 1er-Mai à Liévin.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La faute du silence

L'erreur devient faute lorsque l'indivisibilité des items économique et sociétal est délibérément niée. Il est compréhensible que la proportion de sympathisants RN embarrasse la liberté d'expression : 35 % des salariés, clients, acteurs de l'écosystème sont disposés à voter RN. Mais l'entreprise possède un objet politique, une raison d'être qui l'oblige envers ses parties prenantes. Se taire face à un projet qui nuit à cet objet est irresponsable.

L'exemple Danone

Antoine de Saint-Affrique, CEO de Danone, estime que les entreprises n'ont pas vocation à exprimer des préférences politiques. Or Danone est l'héritier d'Antoine Riboud, pionnier du double projet économique et social. Riboud n'adopterait pas une fade neutralité face à l'hypothèse RN.

Ne pas se contenter de critiquer le programme économique

Critiquer les inepties du programme économique ne suffit pas. Moquer le simplisme de Jordan Bardella sur les normes ne suffit pas. Attendre la décision de justice sur Marine Le Pen ne suffit pas. Espérer que les patrons hypnotisés par Trump dissèquent son bilan ne suffit pas. L'heure est à s'exprimer sans ambiguïté, avec pour fondement l'indissociabilité des réalités économiques, sociétales et morales.

Il est encore temps

Tout chef d'entreprise est avant tout un citoyen. Les intérêts du premier peuvent percuter les aspirations du second. Mais un citoyen et patron ne se scindent pas : la duplicité n'est pas tolérable. En 2002, Ernest-Antoine Seillière, alors président du Medef, avait mêlé l'économique et le reste : régression économique, chômage, crise financière, tensions sociales. Un quart de siècle plus tard, pourquoi cette tétanie face à un spectre toujours aussi inflammable ? La réalité propositionnelle du RN de Marine Le Pen n'est pas moins pire que celle du FN de son père. Cela devrait décider les chefs d'entreprise à prendre la parole avec clarté et courage. Il est encore temps.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale