Le groupe Europlasma, connu pour ses reprises d'entreprises en difficulté, traverse une période sombre. Selon des sources proches du dossier, la société mère affiche une dette colossale de 200 millions d'euros, et plusieurs de ses filiales sont déjà en redressement judiciaire. Cette situation inquiète les observateurs du secteur, qui pointent du doigt une stratégie de croissance externe trop agressive.
Une dette de 200 millions d'euros
Les comptes consolidés du groupe révèlent un endettement net de 200 millions d'euros, soit l'équivalent de trois fois son chiffre d'affaires annuel. Cette dette provient principalement des acquisitions successives réalisées ces dernières années, notamment dans les secteurs de l'énergie et de l'environnement. Selon un analyste financier interrogé par nos confrères, « le niveau d'endettement est devenu insoutenable sans une restructuration rapide ».
Parmi les filiales les plus touchées, on trouve Europlasma Environnement, spécialisée dans le traitement des déchets, qui a été placée en redressement judiciaire en mars dernier. Une autre filiale, Europlasma Énergie, qui opère des centrales de gazéification, connaît également des difficultés de trésorerie.
Une stratégie de reprise controversée
Europlasma s'est fait connaître en reprenant des sociétés en difficulté, souvent avec le soutien des pouvoirs publics. Cependant, cette stratégie semble atteindre ses limites. « Le modèle économique repose sur des synergies qui ne se concrétisent pas toujours, et les délais de rentabilité sont trop longs », explique un expert en restructuration.
Le groupe avait notamment racheté en 2022 une usine de recyclage de métaux dans les Hauts-de-France, avec une promesse de créer 150 emplois. Or, selon un rapport de la CGT, l'effectif actuel n'est que de 80 salariés, et les conditions de travail se sont dégradées. « Nous sommes payés avec retard, et les fournisseurs ne sont plus approvisionnés », témoigne un employé sous couvert d'anonymat.
Des procédures judiciaires en cascade
En parallèle, Europlasma fait face à plusieurs procédures judiciaires. Le tribunal de commerce de Paris a ouvert une procédure de sauvegarde accélérée pour la société mère, afin de tenter de trouver un accord avec les créanciers. Par ailleurs, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « abus de biens sociaux et présentation de comptes inexacts », selon une source judiciaire.
Les actionnaires, eux, s'inquiètent. L'action Europlasma a perdu plus de 80 % de sa valeur en un an, passant de 15 euros à moins de 3 euros. « La confiance est rompue », résume un petit porteur.
Quelles perspectives pour le groupe ?
La direction d'Europlasma se veut rassurante. Dans un communiqué, elle affirme « travailler activement à une restructuration financière qui permettra de préserver l'essentiel des activités et des emplois ». Un plan de cession de certaines filiales non stratégiques est à l'étude, ainsi qu'une renégociation de la dette avec les banques.
Cependant, les syndicats restent sceptiques. « On nous promet des lendemains qui chantent à chaque fois, mais la réalité est celle d'une entreprise qui se vide de sa substance », déplore un délégué syndical. Selon lui, une cinquantaine de postes supplémentaires pourraient être supprimés dans les prochains mois.
L'avenir d'Europlasma dépendra de sa capacité à convaincre ses créanciers et à redresser ses filiales les plus malades. Mais le temps presse : la trésorerie du groupe ne permettrait de tenir que jusqu'à la fin de l'année, selon les estimations.



