La recherche publique française est confrontée à une double fragilisation, à la fois financière et politique, qui menace son indépendance et sa capacité à produire des connaissances de pointe, alerte une tribune publiée dans Le Monde.
Un financement public en berne
Selon les signataires, le budget de la recherche publique stagne depuis plusieurs années, alors que les besoins augmentent. En 2025, la France a consacré 0,8 % de son PIB à la recherche publique, contre 1,1 % en moyenne dans l'Union européenne. Cette baisse relative compromet le recrutement de jeunes chercheurs et l'entretien des infrastructures.
Les coupes budgétaires successives ont particulièrement touché les laboratoires de sciences fondamentales, dont certains peinent à renouveler leurs équipements. « Les promesses de hausses de crédits n'ont jamais été tenues, ce qui crée un climat d'incertitude permanent », déplore un chercheur du CNRS cité dans l'article.
Une ingérence politique croissante
Au-delà des contraintes financières, les auteurs de la tribune pointent une fragilisation politique. Ils dénoncent une « mise sous tutelle » de la recherche par des objectifs économiques à court terme, via des appels à projets fléchés vers des priorités gouvernementales. Cette orientation réduit la liberté académique et favorise une recherche « utilitaire » au détriment de la curiosité scientifique.
La récente réforme des organismes de recherche, qui renforce le pilotage centralisé, est perçue comme une menace pour l'autonomie des laboratoires. « On nous demande de justifier chaque euro dépensé en fonction de retombées immédiates, ce qui est incompatible avec la nature exploratoire de la science fondamentale », explique une directrice de laboratoire à l'INSERM.
Des conséquences sur l'attractivité et l'innovation
Cette double fragilisation a des effets concrets sur l'attractivité de la recherche française. Le nombre de chercheurs étrangers postulant dans les laboratoires français a chuté de 15 % entre 2020 et 2025, selon des données du ministère de l'Enseignement supérieur. Par ailleurs, les dépôts de brevets issus de la recherche publique ont stagné, alors que la concurrence internationale s'intensifie.
Les signataires appellent à un « sursaut collectif » pour inverser la tendance. Ils réclament un plan pluriannuel de financement, une réduction des contraintes administratives et un respect de l'indépendance des chercheurs. « Sans une recherche publique forte, la France perdra sa souveraineté scientifique et sa capacité à relever les défis du XXIe siècle », conclut la tribune.



