L'idée d'annuler une partie de la dette publique française, défendue par Jean-Luc Mélenchon puis par le banquier d'affaires Matthieu Pigasse, se heurte à des obstacles juridiques majeurs et à des risques économiques significatifs. Selon une analyse de la direction générale du Trésor publiée en 2020, la Banque centrale européenne (BCE) ne peut pas annuler les dettes d'États qu'elle détient, car cela violerait les traités européens.
Une proposition controversée
Le 9 août 2026, Jean-Luc Mélenchon a suggéré de « prendre les titres de dette et de les foutre au feu », une déclaration relayée sur les réseaux sociaux. Le 22 août, Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe de médias « Combat », a expliqué que la dette française, qui dépasse 3 500 milliards d'euros, pouvait être « annulée » pour la partie détenue par la BCE, soit environ 20 % du total.
Dans un tweet, Matthieu Pigasse a qualifié la dette française de « mur imaginaire », affirmant que les 20 % détenus par la BCE peuvent être annulés « sans coût » et « sans conséquence », en s'appuyant sur l'exemple de la période du Covid où « il n'y a pas de contrainte économique ».
Les obstacles juridiques et économiques
L'économiste Agnès Bénassy-Quéré, dans une analyse publiée par la direction générale du Trésor en 2020, a écrit que la BCE ne peut pas « annuler tout ou partie des dettes des États qu'elle détient dans son bilan. Ce serait contraire au traité européen, lequel proscrit le financement monétaire des déficits publics ». Elle a ajouté que si la BCE achetait et annulait la dette, elle financerait « les dépenses publiques par émission de monnaie, sans aucun rapport avec le mandat de stabilité des prix », ce qui menacerait le pouvoir d'achat de la monnaie.
En 2021, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, avait déjà déclaré que « l'annulation de cette dette est inenvisageable. Ce serait une violation du traité européen (article 123 du TFUE) qui interdit strictement le financement monétaire », comme l'ont relayé Les Échos.
La crainte des investisseurs
Selon Mathieu Plane, directeur adjoint de l'OFCE, « la seule façon de l'envisager, ce serait un accord commun de tous les pays de la zone euro pour demander une annulation de la dette détenue par la BCE avec une révision des traités et du mandat de la banque centrale puisque celle-ci est indépendante ».
Si une telle mesure était mise en œuvre, des économistes craignent une perte de confiance des créanciers privés envers l'économie française, avec une hausse des taux d'intérêt. Les créanciers privés détiennent la majorité de la dette française : le secteur privé français en détient 13,7 % et les investisseurs étrangers 52 %, selon les données du FMI.
Cette proposition intervient alors que les agences de notation Moody's et Fitch doivent se prononcer ce vendredi sur la note de la dette française, dans un contexte de tensions budgétaires.



