Le cyclisme professionnel traverse une crise économique profonde, comme l'ont souligné experts et dirigeants lors des 7es assises du sport à Montpellier, mi-juin 2026. Entre la disparition d'équipes, passées de 27 en 2019 à 17 en 2026 en deuxième division mondiale, et la concurrence des équipes-États aux budgets atteignant 70 millions d'euros, la régulation devient urgente. Philippe Senmartin, avocat montpelliérain et ancien responsable juridique chez Jean-René Bernaudeau, résume : "Le modèle économique du cyclisme semble en bout de course."
Disparition d'équipes et avenir incertain
La crise se manifeste par la disparition d'équipes emblématiques, comme Arkéa récemment, dirigée par Emmanuel Hubert, présent dans le peloton depuis vingt ans. "En Pro Team, on est passé de 27 équipes en 2019 à 17 en 2026", précise Philippe Senmartin. Pascal Chanteur, ancien coureur et président du syndicat des coureurs, note : "Aujourd'hui, il n'y a plus d'équipe italienne de renom." Les équipes françaises résistent mais peinent à avoir une vision à moyen terme. En fin d'année, Jean-René Bernaudeau, patron de TotalEnergies, devra trouver un nouveau sponsor après le non-renouvellement du contrat avec Total, qui a préféré s'associer à Ineos.
"Plusieurs équipes fusionnent (Ineos-Total, Lotto-Intermarché, Lidl-Trek) pour continuer d'exister et concurrencer les équipes-État", ajoute Me Senmartin. Ces associations permettent d'atteindre des budgets autour de 45 millions d'euros, quand UAE frise les 70 millions. Mais comment les autres équipes survivent-elles ? Le cyclisme ne dispose ni de droits TV, ni de recettes billetterie, ni de système de transferts comme le football. Les primes de compétition sont faméliques : le vainqueur du Tour de France remporte 500 000 euros, redistribués à toute l'équipe, contre plus de deux millions pour le vainqueur de Roland-Garros. "Aujourd'hui, il n'y a que le mécénat" qui permet à une équipe de concourir, résume Pascal Chanteur. Le sponsor principal représente plus de 80 % du budget de chaque équipe.
Valeur médiatique et business interne
Investir dans le cyclisme présente un intérêt médiatique. En 2025, l'équipe américaine Education First a montré que sa valeur médiatique lui avait rapporté 98 millions d'euros, une équivalence publicitaire. Stéphane Goubert, directeur sportif chez Groupama-FDJ, explique : "Aujourd'hui, une équipe vend un projet aux investisseurs pour faire du business interne. C'est ce qu'a fait Decathlon avec CMA-CGM. Groupama FDJ a créé une marque pour rentrer là-dedans. Il n'y a que cette voie-là qui est trouvée pour le moment."
Les organisateurs privés en vogue
Les gagnants sont les trois principaux organisateurs privés : ASO (Tour de France, Dauphiné, Paris-Roubaix…), Flanders Classics et RCS Sport (Giro, courses italiennes). Ils détiennent et exploitent les épreuves prestigieuses, captant l'essentiel des revenus (droits TV, partenariats, hospitalités), tandis que les équipes supportent les coûts sportifs sans recevoir une part significative. "Sur le Tour, par nuit, ASO prend en charge 16 personnes de l'équipe. Chez Groupama-FDJ, on est 30. Chez Decathlon ils sont 55. Donc on ne touche pas de droits TV, on est les acteurs principaux, et on doit payer pour être logé", déplore Stéphane Goubert.
Quelles solutions ?
"Pour l'instant, il n'y en a pas", reconnaît Pascal Chanteur. Le cyclisme tend à être vampirisé par l'argent des multinationales (Red Bull, Decathlon) ou de pays (UAE, Bahreïn). Les équipes familiales façon Bernaudeau, Lavenue ou Madiot, c'est terminé. En France, les équipes doivent composer avec une fiscalité stricte : dans les 25 millions d'euros de budget de Groupama-FDJ, 30 % de charges sont dues à l'État. "Nous, ce qu'on veut, c'est de la transparence au sein de toutes les équipes. Dans certains pays, les choses sont parfois bien opaques", souligne Pascal Chanteur. Le modèle français offre une excellente couverture sociale et de bonnes conditions pour les jeunes, mais dès qu'ils passent professionnels, les tentations de doubler le salaire ailleurs arrivent vite.
Budgets des équipes du Tour de France 2026
- UAE Team Emirates-XRG : 70 M€
- Visma-Lease a Bike : 50 M€
- Lidl-Trek : 45 M€
- Red Bull-Bora-Hansgrohe : 45 M€
- Ineos Grenadiers : 45 M€
- Decathlon CMA CGM : 40 M€
- EF Education-EasyPost : 30 M€
- Movistar Team : 25–30 M€
- Soudal Quick-Step : 25–30 M€
- Alpecin-Premier Tech : 25–30 M€
- Bahrain Victorious : 25–30 M€
- Groupama-FDJ : 20–25 M€
- XDS Astana Team : 20–25 M€
- Team Jayco AlUla : 20–25 M€
- Team Picnic PostNL : 20–25 M€
- Uno-X Mobility : 18–22 M€
- Cofidis : 18–20 M€
- Lotto Intermarché : 18–20 M€
- Tudor Pro Cycling Team : 15–20 M€
- TotalEnergies : 12–15 M€
- Q36.5 Pro Cycling Team : 10–15 M€
- Caja Rural-Seguros RGA : 8–12 M€
- Kern Pharma : 6–10 M€



