La Côte d’Azur peut-elle devenir un pôle de coopération commerciale et de recherche entre l’Inde et la France ? C’était l’objectif d’une table ronde organisée lors du salon Bharat Innovates à Nice, qui s’est tenu du 14 au 15 juin 2026. Organisé par le ministère indien de l’Éducation en partenariat avec la France, cet événement marque le lancement de l’Année indo-française de l’Innovation 2026. Pour la première fois organisé en dehors de l’Inde, le salon a réuni au Palais des expositions 20 startups et plus de 15 institutions de premier plan.
Un écosystème d'innovation bilatéral
La mission de Bharat Innovates est double : présenter les prouesses de l’Inde en matière d’innovation technologique et créer un écosystème d’innovation bilatéral capable de développer des synergies de recherche et commerciales entre les deux nations. La table ronde a réuni startuppers, business angels, responsables académiques azuréens et directeurs d’instituts de technologie indiens (IIT). « Nous avons une ambition commune : créer un écosystème d’innovation bilatéral, capable de répondre aux grands défis mondiaux — IA, transition énergétique, santé et agriculture durable », a souligné Pierre Ippolito, vice-président de la Métropole Nice Côte d’Azur en charge de l’économie et de l’attractivité, qui pilotait la table ronde. « Malgré les différences de taille entre l’immensité indienne et la Côte d’Azur, les deux territoires partagent un ADN tourné vers la créativité, la diversité culturelle et la conviction que la connaissance est le moteur du progrès. Aucun pays ne peut résoudre ces problèmes seuls. »
Des défis à relever
L’Inde, portée par ses prestigieux IIT, et la Côte d’Azur, avec son écosystème autour de l’Université Côte d’Azur et de Sophia Antipolis, partagent une vision commune : bâtir le futur grâce à l’interdisciplinarité. Au-delà de la science, les deux régions se rejoignent dans un « art de vivre » valorisant l’hospitalité, la famille et une ouverture sur le monde. Cette proximité culturelle constitue le socle idéal pour des partenariats durables. Cependant, le professeur Manoj Singh Gaur, directeur de l’IIT de Jammu, a souligné la difficulté de passer de l’intention à l’implémentation : « Quand nos systèmes d’éducation sont aussi différents, il faut bâtir des couloirs d’innovation. L’innovation deeptech se déroule sur un temps long pour devenir mature et être déployée à large échelle. L’idée est de créer des projets de recherche en cohorte, en impliquant l’industrie dès la phase de conception pour garantir la scalabilité. »
Secteurs prioritaires et initiatives concrètes
Des secteurs clés comme l’intelligence artificielle appliquée à la santé et à la fabrication, l’hydrogène, l’énergie solaire et surtout les semi-conducteurs ont été identifiés comme prioritaires. Candace Johnson, entrepreneure et présidente du réseau des Sophia Business Angels, travaille déjà avec les Mumbai Business Angels et crée un groupe d’investisseurs dans une entreprise indienne de semi-conducteurs. L’Institut indien de Delhi propose depuis longtemps des échanges d’étudiants avec plusieurs universités françaises. « L’exposition à différents écosystèmes leur permet d’élargir leur apprentissage et de mieux comprendre l’innovation », estime Rangan Banerjee, directeur de l’Institut indien de Delhi. Pour Manu Santhanam, directeur de l’IIT de Madras, « les startups indiennes doivent être davantage accompagnées et bénéficier d’introductions pour intégrer l’écosystème industriel français ».
Le centre Inria d’Université Côte d’Azur collabore déjà avec l’IIT de Delhi et Naval Group, comme l’a indiqué sa directrice Maureen Clerc. La French Tech Côte d’Azur, présidée par Elodie Bondi, aide les entreprises françaises innovantes et accompagne également les entreprises, étudiants et ingénieurs étrangers à s’intégrer sur la Côte d’Azur. Charles Cohen, dirigeant de la startup niçoise Bodyguard, travaille avec de nombreuses entreprises indiennes et fait appel à des linguistes pour aplanir les différences culturelles. Mohamed Rekik, dirigeant de Circum Medtech Pharma, aide les medtechs indiennes à naviguer dans les systèmes réglementaires européens : « Il y a 4 000 medtechs en Inde et seules 450 vendent en Europe. Nous pouvons les aider à pénétrer le marché européen. »
Vers un incubateur dédié
Les infrastructures, les talents et la volonté de créer des synergies existent. Pierre Ippolito a proposé une solution concrète : « Pourquoi ne pas créer au sein du Hub de l’Innovation un incubateur dédié aux startups indiennes ? » Une idée à suivre.



