Crack à Marseille : les associations unissent leurs forces face à l'urgence
Crack à Marseille : les associations unissent leurs forces

Face à une consommation de crack en hausse « exponentielle » à Marseille, les acteurs de terrain unissent leurs forces. Le projet Tempo, lancé en février, coordonne les maraudes et évalue l'ampleur de la crise, tandis que les associations plaident pour des lieux d'hébergement et des espaces de consommation supervisée.

Une mobilisation inédite des acteurs de terrain

Joachim Levy, directeur et cofondateur de l'association Nouvelle Aube, constate depuis deux ans une progression « exponentielle » de la consommation de crack, particulièrement ces six derniers mois. Entre scènes de consommation en plein air, opérations policières de dispersion et riverains en colère, la ville est sous tension. Face à cette situation, Nouvelle Aube, d'autres structures locales, Médecins du Monde et l'AP-HM ont décidé d'unir leurs forces. « On a fait le choix éthique de l'action en voulant démontrer qu'une approche policière n'était pas suffisante », explique Joachim Levy.

Le projet Tempo, lancé en février à moyen constant, expérimente des maraudes communes entre les différentes associations. « La connexion des acteurs a permis de repérer les situations les plus criantes, notamment les personnes en errance, sur la voie publique », rapporte le directeur de Nouvelle Aube. Cinq maraudes par semaine permettent plus de 1.000 rencontres.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Féminisation et rajeunissement des consommateurs

Le collectif estime à 200 le nombre de consommateurs les plus précaires, concentrés dans une poignée de rues du centre-ville. Ce chiffre grimpe à 500 personnes en élargissant aux consommateurs invisibles, abrités dans des logements insalubres ou provisoires. « Les publics concernés sont très hétérogènes : des consommateurs d'autres drogues qui basculent vers le crack, des personnes touchées brutalement par la précarité… On observe aussi une féminisation et un rajeunissement des consommateurs », liste Marianne Poisson, salariée de Médecins du monde et coordinatrice du projet Tempo.

Les associations réfléchissent à une stratégie globale, collaborant avec les acteurs parisiens et tirant les leçons du « plan crack » adopté dans la capitale en 2019. L'approche se décline en plusieurs volets : développement des maraudes, mise à l'abri et logement. « On veut proposer un lieu de vie digne, pour reconstruire les parcours », explique Joachim Levy.

Des lieux d'hébergement et des espaces de consommation supervisée

Depuis le mois de mai, un immeuble a été mis à disposition du collectif Tempo par la préfecture, l'ARS et la ville de Marseille. Dans les étages, une douzaine de chambres peuvent accueillir jusqu'à 18 personnes en situation d'extrême précarité, y compris des couples, des binômes et leurs animaux. Des travailleurs sociaux, des infirmiers, des médecins et des psychologues complètent la prise en charge. « Des lieux comme ça, on en demande une vingtaine », explique le travailleur social.

Le collectif plaide aussi pour des espaces de repos et plusieurs Haltes Soins Addictions (HSA), ces espaces de consommation supervisée mobiles ou fixes, appelés communément « salles de shoot ». Le projet est à l'abandon depuis 2024. Il y a un an, des collectifs d'habitants et des associations avaient publié une tribune réclamant la création urgente d'une telle structure, en vain. Récemment, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, s'était déclarée « favorable » à l'établissement d'une HSA à Marseille. « Ce n'est pas l'unique solution, mais c'est indispensable », assure Marianne Poisson, rappelant « l'efficacité prouvée » du dispositif.

Un appel à l'engagement de l'État

Le plan vise aussi le renforcement de l'accès aux soins, notamment psychiatriques, une meilleure médiation avec les riverains ou encore un dialogue avec la justice. « Ce dispositif est vraiment réfléchi à l'échelle de Marseille », précise Marianne Poisson, qui pointe un « problème de société tentaculaire » dont le principal ressort reste la hausse de la précarité en France. « Pour faire autre chose que du marketing social, il faut une approche globale », résume Joachim Levy.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« On est aligné sur le constat : celui d'une aggravation de la situation, qui devient assez inacceptable pour l'ensemble des acteurs », reconnaît Anthony Gonçalves, adjoint à la santé à la mairie de Marseille, réaffirmant le soutien de la municipalité au collectif Tempo. Marseille s'engage déjà à hauteur de 500.000 euros par an sur ce volet, confirme l'élu. « La ville doit donner sa part, mais on ne peut pas la laisser seule devant des questions qui dépassent ses compétences », poursuit-il, appelant à l'intervention de l'État. « On attend une impulsion et un engagement matérialisé par des financements », plaide-t-il.

En mai, le maire Benoît Payan (DVG) a adressé un courrier au Premier ministre réclamant un plan d'urgence, sans réponse. « Vu le contexte politique et financier, ce n'est pas gagné. Mais comment ce serait possible de laisser les Marseillais, comme ça, sans solution ? », s'interroge Marianne Poisson. Après la torpeur de cet été caniculaire, elle espère que la rentrée va faire bouger les lignes.