Cinq ans après la mort de Christophe Dominici, sa compagne se confie
Cinq ans après la mort de Christophe Dominici, sa compagne parle

Cinq ans après la disparition tragique de Christophe Dominici, sa compagne Loretta Denaro brise le silence. Dans un entretien poignant, elle revient sur les circonstances de sa mort et son combat acharné pour faire éclater la vérité. Le 24 novembre 2020, l'ancien rugbyman international perdait la vie à 48 ans après une chute d'une dizaine de mètres au parc de Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine. Cet événement survenait quelques semaines après un été marqué par le rachat manqué de l'ASBH (Association Sportive de Béziers Hérault).

Un combat sans relâche pour la justice

Loretta Denaro refuse de baisser les bras. Elle se bat pour éclairer les zones d'ombre et obtenir justice. Interrogée sur son état d'esprit, elle confie : "Le mois de novembre est toujours compliqué pour mes filles (17 et 15 ans) et moi. Surtout que, chaque année, vous êtes sollicitée pour reparler de ce qui s'est passé… Je reçois beaucoup de messages, mais je ne peux pas répondre à tout le monde." Elle ajoute : "On est toujours dans les dossiers de ce fameux rachat de Béziers. Je n'arriverai pas à me couper des médias tant que justice ne sera pas rendue."

Deux procédures judiciaires distinctes

Deux enquêtes sont en cours. La première vise Samir Ben Romdhane, Nadia Hattabi et Philippe Baillard, propriétaires du groupe Sotaco. La seconde concerne Maître Thierry Braillard, l'avocat que Christophe Dominici avait sollicité pour superviser le rachat. Selon Loretta Denaro, "Christophe s'occupait de tout le projet sportif, et lui de la partie financière." Elle raconte avec émotion que des joueurs de renom, comme la légende des All Blacks Ma'a Nonu, avaient donné leur accord pour rejoindre Béziers. "Un soir, il nous envoie une photo avec le maillot de Béziers sur les épaules, on a pleuré."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des nuits blanches pour un projet ambitieux

Loretta Denaro explique que Christophe Dominici passait des nuits blanches à mettre en place ce projet d'envergure. "Il passait des coups de téléphone en Nouvelle-Zélande, en Argentine… Il était très pris par ce projet. Le rugby a toujours été sa passion et son moteur." Elle s'interroge sur le rôle de Me Braillard : "Comment Me Braillard n'a pas vu que c'étaient des escrocs ? Se faire arnaquer, ça peut arriver. Surtout quand on est connu. Mais quand, au milieu de l'histoire, il y a un avocat, qui a été secrétaire d'État chargé des sports, un des créateurs de la DNACG… Ben non, ce n'est pas possible."

Des accusations et des plaintes

Philippe Baillard a porté plainte contre Loretta Denaro pour "dénonciation calomnieuse", et Samir Ben Romdhane se réserve le droit de la poursuivre. Elle réagit : "Je pensais qu'il le ferait bien avant. Sotaco avait déjà porté plainte contre Max Guazzini et le journal L'Équipe. J'espérais qu'une enquête soit ouverte après ça, mais il a fallu que je porte plainte aussi." Elle a publié un livre intitulé "Sans lui" en février 2024 pour faire avancer les choses. "Je ne pouvais pas, vis-à-vis de Christophe et de mes filles, savoir ce qui se passait et ne rien faire. Je veux que la vérité sorte."

Des mensonges persistants

Loretta Denaro dénonce des mensonges qui persistent cinq ans après les faits. "Par exemple, à un moment donné, l'affaire a pris une dimension politique. Certaines personnes s'en seraient mêlées alors que ce n'était pas leur rôle." Elle précise que des garanties financières avaient été demandées par la DNACG, et que le refus n'était pas dû à un mauvais travail de Christophe, mais à un manque d'argent. "Sauf qu'il a été dit à Christophe que le refus était politique. Et Christophe, il n'était pas au courant qu'il n'y avait pas d'argent dans le dossier."

Elle rapporte les propos du maire de Béziers, Robert Ménard : "Je suis désolé Mme Denaro, je ne connais pas forcément le rugby. Ce n'est pas la présence de Christophe Dominici qui m'a rassuré ou pas, c'est quand j'ai vu qu'il y avait Me Braillard, je me suis dit, on y va, on continue." Pour elle, la présence de Me Braillard rassurait tout le monde, mais aujourd'hui elle ne comprend pas comment il a pu être dupe.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un combat long et éprouvant

Loretta Denaro décrit la lenteur de la procédure : "Ça fait partie de mes tâches de la semaine. Il y a des renvois. On a gagné deux fois en appel. C'est long. J'ai hâte que ça se termine." Malgré la difficulté, elle trouve une force dans son combat : "Grâce à ça, j'ai pu sauver d'autres personnes qui sont tombées dans la toile de Nadia et Samir. Ils peuvent faire des dégâts. Ils en ont fait à vie à mes filles, mes beaux-parents… à vie !"

Transformer la peine en force

Interrogée sur la manière dont elle encaisse tout cela, elle répond : "En gardant toutes les belles choses que nous a transmises Christophe, tous les moments drôles qu'on a vécus. J'essaie de dire à mes filles que Christophe, c'était comme une étoile filante, un magnifique chapitre de notre vie. Il faut qu'on soit fier de lui, que lui, de là où il est, il soit fier de nous." Elle ajoute : "Il faut qu'on transforme notre peine, notre fragilité, en force. Ça, c'est mon travail de maman." Elle se réjouit de voir que ses filles conservent de l'humour malgré le drame : "Ça montre qu'une partie de Christophe est en elle."

Samir Ben Romdhane, Franco-Tunisien de 63 ans, se présentait comme un homme d'affaires ayant fait fortune dans le pétrole et l'immobilier, en contact avec de riches Émiriens. Il portait son projet via l'entreprise Sotaco. L'affaire continue de susciter de nombreuses interrogations, et Loretta Denaro espère que la justice fera toute la lumière.