Dans un essai récent, l'économiste Pierre-Yves Hénin décrit le capitalisme autoritaire comme un modèle désormais conquérant, qui gagne du terrain face aux démocraties libérales. Selon lui, ce système combine une économie de marché avec un contrôle politique strict, permettant une croissance rapide au détriment des libertés individuelles.
Un modèle qui séduit
Hénin souligne que des pays comme la Chine, la Russie ou la Turquie incarnent cette tendance. Il cite des chiffres : la Chine a connu une croissance moyenne de 6 % par an sur la dernière décennie, tandis que les démocraties occidentales plafonnent autour de 1 à 2 %. Cette performance économique attire des dirigeants autoritaires qui voient dans ce modèle une voie vers la puissance.
L'économiste met en garde : « Le capitalisme autoritaire n'est pas une simple variante, mais une remise en cause radicale des principes démocratiques. Il offre prospérité sans liberté, ce qui peut séduire des populations lassées par les lenteurs démocratiques. »
Les ressorts du succès
Le modèle repose sur trois piliers : un État fort qui oriente l'économie, une main-d'œuvre docile et une répression des oppositions. Hénin note que 40 % de la population mondiale vit désormais sous un régime de capitalisme autoritaire, contre 25 % il y a vingt ans.
Il explique que la crise financière de 2008 et la pandémie de Covid-19 ont accéléré cette tendance, les régimes autoritaires ayant semblé plus efficaces pour gérer les crises. « Les démocraties ont montré leurs faiblesses, tandis que les autocraties ont agi vite, sans débat », ajoute-t-il.
Un défi pour l'Occident
Hénin appelle les démocraties à réagir. Il propose de renforcer la coopération internationale pour défendre un capitalisme régulé et inclusif. Sans cela, prévient-il, le capitalisme autoritaire pourrait devenir la norme au XXIe siècle, érodant les valeurs de liberté et de droits humains.
L'économiste conclut sur une note d'alerte : « Nous sommes à un tournant. Si les démocraties ne parviennent pas à concilier efficacité économique et libertés, elles risquent de perdre la bataille des modèles. »



