Le pot de départ de Camille, 34 ans, ex-cheffe de produit dans une start-up parisienne, devait être une fête. Il s'est transformé en un moment gênant, dans un piano-bar quasi désert, où l'odeur de javel et de tabac froid dominait. Ce rendez-vous manqué illustre la désillusion croissante des cadres de la tech qui quittent un secteur en pleine crise de sens.
Un adieu à la tech, un pot de départ raté
Camille a travaillé pendant huit ans dans des entreprises technologiques, dont une licorne française. Elle a démissionné en juin dernier, après une énième restructuration. Pour son départ, ses collègues ont organisé un pot dans un piano-bar du 10e arrondissement de Paris. Mais à son arrivée, l'endroit était vide. « Quand on arrive au piano-bar, l'endroit est vide, ça sent l'eau de javel et le tabac froid », raconte-t-elle dans un témoignage publié par Le Monde. Seuls trois collègues sur les vingt-cinq invités se sont déplacés.
Ce raté symbolise pour elle la fin d'une époque. « J'ai passé des années à croire que la tech allait changer le monde, mais j'ai vu des projets se réduire à des optimisations de conversion et des tableurs Excel », confie-t-elle. Camille a décidé de se reconvertir dans l'artisanat, un secteur qui l'attire pour son ancrage concret.
Une tendance de fond : les cadres quittent la tech
Ce départ n'est pas un cas isolé. Une étude récente de l'APEC indique que 23 % des cadres de la tech envisagent de changer de secteur dans les deux prochaines années, un chiffre en hausse de 8 points par rapport à 2021. Les raisons invoquées sont le manque de sens, la pression constante et la peur de l'obsolescence.
Des figures emblématiques, comme l'ingénieur David Heinemeier Hansson, ont publiquement critiqué l'industrie, mais les départs silencieux se multiplient. Selon une enquête de LinkedIn, les démissions dans le secteur ont augmenté de 15 % en 2025, avec une accélération chez les femmes, qui représentent 40 % des départs.
Le piano-bar : un symbole de la désillusion
Le choix du piano-bar, un lieu souvent associé à la nostalgie, n'est pas anodin. « C'était un clin d'œil à notre jeunesse, mais il était vide, comme notre enthousiasme », ironise Camille. L'odeur de javel et de tabac froid, qu'elle décrit comme « un mélange de désinfection et de cendres », évoque pour elle la fin d'un cycle.
Camille a depuis créé son atelier de céramique dans le 11e arrondissement. Elle y trouve un équilibre, même si elle gagne 30 % de moins qu'avant. « Je ne regrette pas, j'ai retrouvé du sens », affirme-t-elle.
Un phénomène qui interroge l'avenir de la tech
Les départs massifs de talents posent question sur l'attractivité du secteur. Les entreprises tech doivent repenser leurs modèles pour fidéliser leurs employés, en proposant plus de flexibilité, de transparence et des projets à impact positif.
Pour Camille, son pot de départ raté est finalement une libération. « Ce piano-bar vide m'a fait comprendre que je n'appartenais plus à ce monde. J'ai tourné la page, et c'est tant mieux », conclut-elle.



