Bière de la rade : 10 ans de succès pour la microbrasserie toulonnaise
Bière de la rade : 10 ans de succès à Toulon

Il y a tout juste dix ans, Charles Doerr co-fondait la Bière de la rade à Toulon avec son ami d'enfance Simon Chevillot. Une marque devenue incontournable dans la région, mais pas seulement : une boulangerie (Pain de la rade), une salle de concerts ou un festival de bières (Bière en Seyne) ont aussi été créés par les deux amis à l'origine de cette success story. Rencontre avec Charles Doerr.

Des débuts modestes

« Avec Simon, on était intermittents du spectacle, moi régisseur et lui ingénieur du son. Quand on se retrouvait pour faire la fête, on aimait bien s'exercer à faire des bières artisanales. L'envie vient de là. On a fini par lancer notre micro-brasserie. Avec rien. On a investi tous nos ronds dans trois pauvres fermenteurs. Moi, j'y ai vu l'occasion de me reconnecter avec l'histoire familiale. » Charles Doerr est issu d'une famille allemande protestante. Au XVIIIe siècle, un de ses aïeuls est venu en France pour y ouvrir plusieurs brasseries, du côté de Lyon. « À cause de ça, tout jeune déjà, mon père me disait que je n'avais pas le choix : je devais aimer la bière ! (il rit). »

Un pari risqué

Au pays du pastis et du rosé, peu croyaient en eux. « On a clairement pris un risque financier. Au début, on faisait tout à deux, on travaillait 15 h par jour. Et le 1er avril 2016, quand on a inauguré notre micro-brasserie à l'entrée de La Rode, on s'est rendu compte qu'il y avait un vrai engouement. On s'est retrouvé avec 1 500 personnes qui nous disaient "C'est génial, ce bar !" Sauf qu'en vrai, on n'avait pas du tout prévu de monter un bar et d'avoir une licence de débit de boisson. Finalement, on a gardé l'idée du comptoir pour faire goûter nos produits. Et ça marche. »

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Une localisation surprenante

« C'est dur de se garer, c'est loin du centre-ville… Le Mr. Bricolage qui était là avant n'avait pas survécu. Mais la surface est grande, le loyer raisonnable. Et on a de la visibilité. Au final, les gens viennent. Signe que notre bière ne doit pas être mauvaise ! »

La clé du succès

« On a aussi eu un bon alignement de planètes. Quand on a démarré, on était seuls sur le créneau. Puis il y avait un engouement autour des produits locaux. À Toulon, on a bénéficié de ce chauvinisme porteur pour un produit comme le nôtre. On a gagné des appels d'offres autour d'événements culturels. Au final, on a eu de la chance de réussir à franchir les paliers assez vite, ce qui nous a permis d'augmenter notre production et de réaliser des économies d'échelle. » Aujourd'hui, la brasserie produit 4 500 hectolitres de bière par an, avec douze références. En dix ans, douze emplois à temps plein ont été créés sur la brasserie, sept sur la boulangerie et trois sur le bar.

Le contentieux avec Heineken

« Oui enfin, sur le moment, on a surtout eu peur de disparaître. On avait appelé notre première bière blonde La Girelle. Sauf que le lendemain de notre communication sur les réseaux sociaux, Heineken France a déposé la marque à l'Institut national de la propriété industrielle. Dans la foulée, on a reçu un recommandé nous réclamant 25 000 euros de dommages et intérêts ! » Finalement, ils ont recouvert leur étiquetage avec un autocollant « Censurée » – une marque qu'ils ont déposée. Cinq ans après, comme Heineken n'avait commercialisé aucune bière sous le nom de Girelle, ils ont pu récupérer la marque. « Cette histoire de David contre Goliath nous a fait un peu de publicité. »

Les projets pour les dix ans

Une fête est prévue en septembre dans les jardins de la tour Royale, avec musique, animations et bière. « Il y a cinq ans, on avait fait venir Francky Vincent ! » À plus long terme, ils souhaitent rapatrier le festival Bière en Seyne à Toulon, et lancer une marque de sauce piquante. « On a un projet de lancer une marque de sauce piquante ! »

Une passion intacte

« Quand on a commencé, on a pris le parti de faire une bière qu'on aimait vraiment, et que les gens n'avaient pas l'habitude de boire. Une IPA, avec un peu d'amertume, qui n'a pas beaucoup changé. Je l'apprécie toujours autant. »

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