Le ministère de l'Économie et des Finances planche sur une nouvelle vague d'économies budgétaires pour faire face au coût des crises récentes, révèle une note interne consultée par Libération. Selon ce document, Bercy estime que les crises successives (Covid-19, guerre en Ukraine, inflation) ont creusé un déficit de 50 milliards d'euros par rapport aux prévisions initiales pour 2023. Pour y remédier, le gouvernement envisage de réduire les dépenses de certains ministères et de reporter des investissements.
Un coût des crises chiffré à 50 milliards d'euros
La note interne, datée du 28 juin 2023, détaille l'impact financier des crises sur les finances publiques. Le coût total est estimé à 50 milliards d'euros, dont 20 milliards pour les mesures de soutien liées à l'énergie et 15 milliards pour les dépenses exceptionnelles de santé. Les 15 milliards restants correspondent à la baisse des recettes fiscales due au ralentissement économique. « Nous devons choisir ce à quoi nous renonçons », aurait déclaré un haut fonctionnaire de Bercy, cité dans la note.
Des économies ciblées dans plusieurs ministères
Pour compenser ces dépenses, Bercy prévoit des économies de 10 milliards d'euros dès 2024. Les ministères les plus touchés seraient ceux de la Transition écologique, de l'Agriculture et de la Culture, avec des coupes allant de 5 % à 10 % de leur budget. Le ministère de l'Éducation nationale serait épargné, tandis que celui de la Défense verrait ses crédits maintenus. « Ces choix sont douloureux mais nécessaires pour respecter nos engagements européens », a indiqué une source proche du dossier.
Un plan d'économies controversé
Ce plan suscite déjà des critiques au sein de la majorité et de l'opposition. Certains députés LREM jugent ces coupes « trop brutales », tandis que l'opposition dénonce un « austérité injuste ». Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, défend pour sa part une « gestion responsable » des finances publiques. La note précise que ces économies pourraient être révisées en fonction de l'évolution de la conjoncture économique.
Un défi pour la crédibilité de la France
Au-delà des aspects budgétaires, l'enjeu est aussi politique : la France doit convaincre ses partenaires européens de sa capacité à maîtriser ses comptes. Le déficit public devrait atteindre 4,9 % du PIB en 2023, bien au-delà des 3 % exigés par les traités européens. Bercy mise sur une réduction à 3 % d'ici 2027, mais les économies annoncées pourraient ne pas suffire. « Nous sommes à un tournant : soit nous faisons les réformes nécessaires, soit nous risquons une perte de confiance des marchés », conclut la note.



