L'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis intensifient leur présence en Afrique, défiant l'influence chinoise. Selon une analyse du magazine Jeune Afrique, les deux monarchies du Golfe ont investi plus de 100 milliards de dollars sur le continent au cours des cinq dernières années, principalement dans les infrastructures, l'énergie et l'agriculture. Ces investissements concurrencent directement ceux de Pékin, qui dominait jusqu'à présent le financement des projets africains.
Des investissements massifs dans les infrastructures
Les Émirats arabes unis ont notamment financé la construction du port de Kribi au Cameroun, un projet de 500 millions de dollars qui vise à faciliter les exportations de pétrole et de gaz. De son côté, l'Arabie Saoudite a investi 15 milliards de dollars dans le développement de centrales solaires en Égypte et au Soudan. Ces projets s'inscrivent dans le cadre de la stratégie Vision 2030 du royaume, qui cherche à diversifier son économie au-delà du pétrole.
Une concurrence accrue dans l'agriculture
Dans le secteur agricole, les Émirats ont acquis des terres en Éthiopie et au Soudan pour sécuriser leur approvisionnement alimentaire. Selon des données de la Banque mondiale, les investissements agricoles des pays du Golfe en Afrique ont augmenté de 40 % entre 2015 et 2020. Cette tendance menace la position de la Chine, qui était le principal investisseur étranger dans l'agriculture africaine.
Des implications géopolitiques
Cette offensive économique s'accompagne d'une diplomatie active. L'Arabie Saoudite a organisé en 2023 un sommet avec les pays africains à Riyad, promettant 50 milliards de dollars d'aide au développement. Les Émirats ont, quant à eux, ouvert des ambassades dans plusieurs pays africains et multiplié les visites de haut niveau. "Les pays du Golfe cherchent à gagner en influence politique et à contrer l'hégémonie chinoise", explique un expert en relations internationales cité par Le Point.
La Chine réagit
Pékin n'a pas tardé à réagir. Lors du Forum sur la coopération sino-africaine en 2024, la Chine a annoncé 60 milliards de dollars de nouveaux financements pour l'Afrique. Cependant, selon des analystes, la flexibilité et la rapidité des décisions des monarchies du Golfe pourraient leur donner un avantage. "Les Chinois sont souvent perçus comme plus bureaucratiques, tandis que les Saoudiens et les Émiratis peuvent conclure des accords en quelques semaines", note un économiste.
Un impact sur l'endettement africain
Les investissements du Golfe diffèrent de ceux de la Chine par leur structure. Alors que Pékin prête souvent à des taux d'intérêt variables, les pays du Golfe privilégient les dons et les prêts à taux zéro, ce qui réduit le risque d'endettement pour les pays africains. Selon le FMI, la part de la dette africaine détenue par la Chine est passée de 20 % en 2015 à 15 % en 2023, tandis que celle des pays du Golfe a augmenté de 5 % à 12 %.
Perspectives
Cette compétition devrait s'intensifier dans les années à venir, avec des implications majeures pour le développement de l'Afrique. Les pays africains pourraient en tirer parti en négociant de meilleures conditions. "C'est une opportunité unique pour l'Afrique de diversifier ses partenaires et de réduire sa dépendance", conclut l'expert.



