André Deljarry : une vie de défis et de réussites
À 70 ans, André Deljarry continue d'avancer. Le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de l'Hérault revient sur son enfance modeste, les rencontres qui ont changé sa vie, son goût du travail, son attachement à la famille et le projet qu'il va laisser aux générations futures : le campus Anima. Dans un entretien exclusif, il livre les clés de son succès et de sa persévérance.
La Légion d'honneur : une reconnaissance, pas une revanche
Interrogé sur la signification de la Légion d'honneur, André Deljarry répond sans hésitation : « Non, je ne suis jamais dans la revanche. Je suis dans la reconnaissance du travail accompli pour le territoire et de mon engagement. Quand j'ai reçu cette distinction, j'ai surtout pensé à mes parents et à mes grands-parents. Dans ma famille, personne n'avait reçu une telle récompense. » Cette humilité marque le début d'un récit où le travail et la famille sont les piliers.
Des origines modestes à l'ascension entrepreneuriale
André Deljarry vient d'un milieu modeste. « Mon père était boulanger et livrait le pain à vélo tous les matins. Ma mère travaillait à l'usine Stella, qui fabriquait les sièges des églises, tout en élevant cinq enfants. Très jeune, j'ai travaillé à l'usine Pechiney. J'ai connu les 3x8 pendant les vacances scolaires. Quand on grandit dans cet univers-là, on comprend vite que rien n'est acquis. J'ai voulu m'en éloigner, même si ce monde est très honorable. Toute ma vie, j'ai toujours voulu prouver que c'était possible. Je me suis toujours défini par le travail que je produis, pas par le personnage que je suis. » Cette détermination l'a poussé à se dépasser.
Les rencontres qui ont changé sa vie
Comment devient-on l'homme qui construit des centres commerciaux ? « C'est une longue histoire. Je n'avais pas les diplômes les plus prestigieux : un bac G2 et un BTS. Alors j'ai toujours voulu montrer davantage que les autres. Et puis la vie est faite de rencontres qui font basculer un destin. Chez Casino d'abord. Puis chez Intermarché. Jean-Pierre Abril m'a ouvert la porte du monde entrepreneurial. Il a vu quelque chose en moi avant même que je ne le voie moi-même. » Ces rencontres ont été déterminantes.
Le goût du risque et la création du premier Intermarché
André Deljarry n'a jamais hésité à prendre des risques. « Je suis toujours en prise de risque parce que je connais la valeur de mon travail. Cela ne m'a jamais fait peur. On me disait que je gagnerais moins qu'en tant que cadre dirigeant. Mais on m'assurait qu'un jour je serais mon propre patron. Alors j'y suis allé. » Son premier Intermarché, il le crée à Juvignac, après un refus à Lattes. « Au départ, c'était Lattes. À l'époque, je regardais les calendriers de la Poste pour suivre l'évolution de la population des communes. J'étais convaincu que Lattes avait un potentiel énorme. J'avais trouvé un terrain, obtenu l'accord du propriétaire, les services techniques étaient favorables… Puis le maire Michel Vaillat m'a reçu une minute pour me dire : 'Il n'y aura jamais d'Intermarché ici.' L'affaire était réglée. Je me suis alors intéressé à Juvignac. Là encore, une rencontre a tout changé. Danielle Santonja, maire de l'époque, m'a dit oui, à une condition : trouver une solution pour déplacer une menuiserie installée au cœur du terrain. Nous avons réussi. Et c'est ainsi qu'est né mon premier Intermarché. Avec le recul, je me dis souvent que la vie tient parfois à un refus et à une rencontre. »
La famille avant tout
Malgré son succès, André Deljarry n'a jamais perdu de vue l'essentiel : sa famille. « J'ai refusé d'aller déjeuner avec le Président Sarkozy de passage au Cap d'Agde. J'étais avec les miens. Certains ont trouvé cela surprenant, pas moi. Un déjeuner avec un Président, c'est prestigieux. Mais les moments en famille ne se rattrapent pas. » Son épouse Mireille l'accompagne depuis quarante-cinq ans, et ses deux fils, Nicolas et Julien, ont construit leur propre chemin. « La famille est mon socle. »
Le campus Anima : un héritage pour l'avenir
André Deljarry est particulièrement fier du campus Anima, son projet phare. « D'abord, quand j'arrive à la tête de la CCI, l'Hérault compte environ 56 000 entreprises. Aujourd'hui, il en compte plus de 104 000. C'est une grande fierté collective. Anima, qui signifie 'âme' en latin, dépasse largement ma personne. Ce n'est pas seulement un campus. C'est un lieu où se rencontreront l'enseignement supérieur, l'innovation, la recherche et l'entreprise. Une entreprise peut être vendue. Un mandat se termine. Mais un campus qui forme des générations d'étudiants pendant cinquante ou cent ans, c'est autre chose. »
Un travailleur infatigable, mais pas seulement
« Je n'ai jamais eu le sentiment de travailler. Et quand je suis en famille en vacances, c'est tout aussi essentiel. » Cette philosophie de vie l'a guidé tout au long de sa carrière. Interrogé sur ses intentions politiques, il répond : « Si l'offre politique locale ne correspondait pas à la vision que j'ai du territoire, je pourrais m'engager. Cela a d'ailleurs failli être le cas il y a une douzaine d'années. Mais aujourd'hui, ce n'est plus d'actualité. Michaël Delafosse fait du bon travail et nous allons l'aider à créer les 30 000 emplois qu'il ambitionne. Moi, je ne suis pas né pour faire de la politique. Je veux aider à développer le territoire et continuer à le faire dans mes mandats. J'ai du temps et c'est là que je pense être le plus utile. »
Bio express
À 70 ans, André Deljarry est l'une des figures du monde économique héraultais. Entré chez Casino, il crée son premier Intermarché à Juvignac en 1985, avant de le développer en 'Portes du Soleil' en 2000. Promoteur commercial à la tête d'une foncière regroupant une dizaine de sites, il s'engage dans la représentation patronale à partir de 2006. Après avoir présidé le Medef Hérault, il prend la tête de la CCI de l'Hérault en 2011, alors en pleine crise de gouvernance. Il quittera son mandat en 2028, mais espère accompagner jusqu'au bout son projet phare : le campus Anima, à Cambacérès, dont l'inauguration est prévue l'an prochain.



