Daniel Lacerda, professeur à Montpellier Business School et directeur du département individus et organisations, alerte sur les conséquences d'une éventuelle baisse drastique des aides publiques aux entreprises. Selon lui, une telle mesure risquerait d'affaiblir la compétitivité et la dynamique économique, tout en aggravant paradoxalement le déficit budgétaire.
Une spécificité française ?
Interrogé sur la particularité de la France en matière d'aides aux entreprises, Daniel Lacerda explique que tous les pays en octroient. La spécificité française réside plutôt dans l'absence d'un cadre légal précis permettant de les mesurer et de les comparer. « Sans définition de ce qu'est une aide aux entreprises, je ne sais pas dire combien ça coûte », souligne-t-il.
Des approches différentes selon les pays
Chaque État a ses propres particularités. La France adopte un modèle d'État stratège, interventionniste et sélectif, ce qui rend la gestion des dispositifs complexe. En revanche, l'Allemagne et le Japon privilégient une approche décentralisée et une évaluation systématique, ce que la France ne fait pas.
Un outil de politique économique crucial
Les aides publiques sont un outil ordinaire de politique économique, dont l'impact est très important. Elles servent à orienter le développement économique et à renforcer la compétitivité. Dans un contexte de mondialisation et de concurrence accrue, l'État joue un rôle crucial pour corriger les défaillances du marché : financer l'innovation, accompagner la transition énergétique, soutenir des monopoles naturels comme le transport ferroviaire. « On ne serait pas sorti de la crise du Covid-19 ou de la crise financière de 2008 sans ces aides », rappelle le professeur.
Effets d'entraînement et d'éviction
Les études montrent que les entreprises subventionnées pour l'innovation comptent en moyenne cinq à dix salariés et 4 millions d'euros de chiffre d'affaires de plus que celles qui ne l'ont pas été. C'est l'effet d'entraînement (crowding-in). Mais il existe aussi l'effet d'éviction (crowding-out), où l'aide remplace des investissements que l'entreprise aurait réalisés de toute façon, ce qui constitue une perte sèche pour l'État.
Améliorer le ciblage plutôt que réduire
Pour Daniel Lacerda, l'enjeu n'est pas de réduire les aides, mais d'améliorer leur ciblage afin de limiter l'effet d'éviction, de les simplifier et de les conditionner à des objectifs sociaux et écologiques. « Si au lieu de les transformer, on s'en sert pour légitimer une réduction budgétaire, je crains une baisse drastique qui affaiblirait la compétitivité, la dynamique de l'économie, ce qui pourrait paradoxalement accroître le déficit qu'on voulait réduire au départ », prévient-il. Il rappelle que les autres pays ne réduiront pas leurs aides, ce qui placerait la France en position défavorable.



