Abdul Samad Rabiu, l'un des industriels les plus riches d'Afrique, ne cesse de faire parler de lui. À la tête du conglomérat BUA Group, il multiplie les projets industriels d'envergure au Nigeria. Son objectif : accélérer l'industrialisation du pays et réduire sa dépendance aux importations. Une ambition qui le place dans la même lignée que son illustre compatriote Aliko Dangote, mais avec une stratégie propre.
Un empire bâti sur le ciment et le sucre
Né en 1960 à Kano, Abdul Samad Rabiu est le fils du défunt Isyaku Rabiu, un homme d'affaires influent. Après des études aux États-Unis, il fonde BUA International en 1988, initialement spécialisée dans l'importation de riz, d'huile et de farine. Très vite, il se tourne vers la production locale. Le groupe s'impose dans le ciment avec les cimenteries d'Obu et de Sokoto, dont la capacité combinée dépasse aujourd'hui 8 millions de tonnes par an. Il développe également une production sucrière intégrée, avec des plantations de canne à sucre et des raffineries.
Aujourd'hui, BUA Group est un conglomérat présent dans neuf secteurs : ciment, sucre, immobilier, port, logistique, énergie, agriculture, et plus récemment les engrais et l'acier. Cette diversification est le fruit d'une stratégie de long terme visant à créer de la valeur ajoutée localement.
Douze milliards de dollars d'investissements annoncés
En 2022, Abdul Samad Rabiu a annoncé un plan d'investissement colossal de 12 milliards de dollars sur cinq ans. Ce programme couvre notamment la construction de nouvelles lignes de production de ciment, une usine d'engrais dans l'État de Kano, et un complexe pétrochimique. L'objectif est double : répondre à la demande intérieure et exporter vers les marchés ouest-africains.
Le secteur des engrais est particulièrement stratégique pour le Nigeria, qui importe encore la majorité de ses intrants agricoles. Avec sa nouvelle usine, BUA compte produire 1 million de tonnes d'urée par an, contribuant ainsi à la souveraineté alimentaire du pays. "Nous voulons créer des emplois et développer notre industrie locale", a-t-il déclaré lors d'un forum économique à Lagos. Si la citation exacte n'est pas vérifiable, l'ambition est réelle et déjà visible sur le terrain.
Un rival bienveillant de Dangote
La presse économique compare souvent Abdul Samad Rabiu à Aliko Dangote, qui reste l'homme le plus riche d'Afrique. Mais Rabiu se distingue par son approche plus discrète et ses investissements ciblés. Alors que Dangote a misé sur le raffinage de pétrole, Rabiu s'est concentré sur les matériaux de construction et l'agro-industrie. Cette complémentarité est perçue comme bénéfique pour l'économie nigériane, qui a besoin d'infrastructures et d'une agriculture modernisée.
Pour Rabiu, l'industrialisation ne se limite pas aux usines. Il insiste sur la nécessité de former les jeunes et de développer les compétences locales. BUA a d'ailleurs créé des centres de formation professionnelle dans plusieurs États, afin d'accompagner l'installation de ses sites de production.
Un engagement philanthropique fort
Le milliardaire consacre une part de sa fortune à des causes sociales. Sa fondation, la BUA Foundation, finance des bourses d'études, des équipements hospitaliers et des programmes d'aide aux communautés. Lors de la pandémie de Covid-19, il a fait don de matériel médical et soutenu plus de 2 000 familles vulnérables. Ces actions lui ont valu une reconnaissance internationale, mais il préfère rester modeste.
Les analystes estiment que la richesse de Rabiu dépasse les 5 milliards de dollars, et sa fortune continue de croître. Selon le classement Forbes 2023, il figurait parmi les dix premières fortunes africaines. Cette réussite inspire une nouvelle génération d'entrepreneurs nigérians, désireux de suivre son exemple en misant sur l'industrie.
Défis et perspectives
Malgré ses succès, Abdul Samad Rabiu fait face à des défis majeurs : l'instabilité du naira, la pénurie d'électricité et la concurrence internationale. Le coût de l'énergie reste un frein à la compétitivité de ses usines. Pour y remédier, BUA investit dans des centrales à gaz et des solutions d'énergie plus propres.
À long terme, Rabiu ambitionne de faire de BUA un acteur panafricain. Il a récemment ouvert des bureaux au Sénégal et au Cameroun, avec l'idée d'exporter son savoir-faire. Selon lui, l'avenir du Nigeria dépend de sa capacité à transformer ses matières premières localement. "Il ne suffit pas de vendre nos ressources, il faut les valoriser", fait-il valoir.
Un modèle pour le continent
L'ascension d'Abdul Samad Rabiu illustre la montée en puissance des industriels africains. En diversifiant son groupe, il contribue à créer une économie plus résiliente et à générer des milliers d'emplois. Alors que le Nigeria cherche à réduire sa dépendance au pétrole, des entreprises comme BUA Group montrent la voie vers une industrialisation durable.
Reste à savoir si cet élan sera suffisant pour transformer le pays le plus peuplé d'Afrique. Les besoins sont immenses, mais la détermination du milliardaire ne l'est pas moins. Avec ses projets colossaux, Abdul Samad Rabiu s'impose comme un acteur incontournable de la renaissance industrielle nigériane, et au-delà, de tout le continent africain.



