L'attentat du marché de Noël de Berlin, perpétré le 19 décembre 2016 par Anis Amri, a fait 12 morts et des dizaines de blessés. Plus de cinq ans après, une polémique secoue la scène intellectuelle allemande : des figures de la gauche identitaire sont accusées de se rendre complices de l'islamisme radical par leurs discours et leurs positions.
Un glissement idéologique contesté
Selon une analyse publiée dans Le Point, certains cercles de la gauche alternative berlinoise auraient minimisé la menace terroriste islamiste, préférant se concentrer sur le racisme et l'islamophobie. Des manifestations de soutien aux Palestiniens ont parfois viré à l'apologie du Hamas, ce qui a choqué une partie de l'opinion.
Un historien allemand interrogé par le magazine explique : « Cette gauche a perdu le sens des priorités. En critiquant systématiquement la politique sécuritaire, elle affaiblit la lutte contre le véritable péril. » Des propos qui font écho à une enquête du journal Die Zeit révélant que 40 % des militants antifascistes berlinois considèrent l'antisionisme comme une priorité supérieure à la lutte antiterroriste.
Des alliances ambiguës
La polémique s'est cristallisée autour d'une manifestation en 2017, où des slogans hostiles à Israël ont été scandés aux côtés de drapeaux de l'État islamique. Des associations juives ont dénoncé une « convergence des extrêmes ». Le chercheur en sciences politiques Andreas Zick, de l'université de Bielefeld, note : « On assiste à une banalisation de l'antisémitisme sous couvert d'antisionisme. »
Les identitaires de gauche rejettent ces accusations. Pour eux, il s'agit d'une « instrumentalisation » visant à discréditer leur combat contre le néolibéralisme et le racisme d'État. Une porte-parole du collectif « Berlin gegen Rechts » affirme : « Nous condamnons tout terrorisme, mais nous refusons que l'on assimile notre critique d'Israël à de l'antisémitisme. »
Des conséquences politiques
Cette controverse affaiblit la gauche berlinoise, déjà fragmentée. Les conservateurs de la CDU ont saisi l'occasion pour réclamer une surveillance accrue des milieux extrémistes. Une motion au Sénat de Berlin propose de couper les subventions à toute association qui ne se distancie pas clairement du terrorisme islamiste.
Selon un sondage réalisé par Infratest dimap, 62 % des Allemands estiment que la gauche identitaire n'en fait pas assez contre l'islamisme radical. Ce chiffre monte à 78 % en ex-Allemagne de l'Est. Un électeur interrogé résume : « Ils donnent l'impression de s'inquiéter plus des droits des migrants que de notre sécurité. »
L'affaire n'est pas close : des procès en diffamation sont en cours entre les parties. En attendant, le débat divise la gauche allemande, prise entre la défense des libertés et la lutte contre toutes les formes d'extrémisme.



