Le président iranien Masoud Pezeshkian a reconnu que la communication avec le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, est « très difficile en ce moment », une déclaration rare qui intervient dans un contexte de tensions accrues entre Téhéran et l'Occident. Cette confidence, rapportée par l'agence de presse officielle iranienne IRNA, a été faite lors d'une réunion avec des responsables gouvernementaux, selon des informations relayées par Le Monde.
Une communication complexe au sommet de l'État iranien
Le président Pezeshkian, qui a pris ses fonctions en juillet 2024, a souligné les défis inhérents aux échanges avec la plus haute autorité du pays. « La communication avec le Guide suprême est très difficile en ce moment », a-t-il déclaré, sans fournir de détails supplémentaires sur la nature de ces difficultés. Cette déclaration intervient alors que l'Iran est confronté à des choix cruciaux concernant son programme nucléaire et ses relations internationales.
Selon des observateurs, cette remarque pourrait refléter des divergences de vues entre le gouvernement élu et le Guide suprême sur la manière de gérer les négociations nucléaires ou la politique étrangère. Le Guide suprême détient le pouvoir final sur les questions stratégiques en Iran, ce qui rend toute décision politique dépendante de son approbation.
Des tensions croissantes avec l'Occident
Cette déclaration intervient dans un climat de fortes tensions entre l'Iran et les puissances occidentales. Les négociations sur le programme nucléaire iranien sont au point mort depuis plusieurs mois, et les sanctions économiques imposées par les États-Unis et l'Union européenne continuent de peser lourdement sur l'économie iranienne. Le président Pezeshkian a récemment appelé à un dialogue constructif avec l'Occident, mais il se heurte à la ligne dure du Guide suprême, qui se méfie des intentions américaines.
En juin 2026, l'Iran a annoncé avoir enrichi de l'uranium à un niveau de 60 %, proche du seuil de qualité militaire, ce qui a suscité une vive inquiétude au niveau international. Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran possède désormais suffisamment de matière fissile pour produire plusieurs bombes atomiques, bien que Téhéran affirme que son programme est purement pacifique.
Une déclaration qui interroge sur la gouvernance iranienne
La déclaration du président Pezeshkian est inhabituelle, car les responsables iraniens évitent généralement de critiquer ouvertement le Guide suprême ou de révéler des dissensions internes. Elle pourrait indiquer une frustration croissante au sein du gouvernement élu face à l'emprise du Guide sur les décisions clés. Certains analystes estiment que cette prise de parole vise à préparer l'opinion publique à un éventuel changement de cap, ou à renforcer la position de Pezeshkian dans les négociations internes.
Le président iranien a également évoqué la nécessité de « réparer les relations avec le monde », mais sans préciser les mesures concrètes qu'il entend prendre. Cette volonté d'ouverture contraste avec la rhétorique du Guide suprême, qui a récemment qualifié les États-Unis d'« ennemi numéro un » de l'Iran.
Quel impact sur la scène internationale ?
Cette révélation pourrait avoir des répercussions sur les pourparlers nucléaires, qui sont actuellement suspendus. Les pays occidentaux, qui suivent de près les luttes de pouvoir à Téhéran, pourraient y voir un signe de faiblesse ou une opportunité pour relancer le dialogue. Cependant, il est peu probable que le Guide suprême accepte de céder ses prérogatives en matière de politique étrangère.
Selon un diplomate occidental cité par Le Monde, « cette déclaration montre que le président iranien est conscient des difficultés à faire avancer les choses, mais elle ne change pas fondamentalement la donne ». Le diplomate a ajouté que « tant que le Guide suprême aura le dernier mot, les marges de manœuvre du président resteront limitées ».
Une situation politique intérieure tendue
Sur le plan intérieur, l'Iran fait face à une crise économique sévère, avec une inflation galopante et un chômage élevé. Les manifestations de 2022 et 2023 ont montré le mécontentement de la population, et le gouvernement Pezeshkian a promis des réformes économiques. Mais ces réformes nécessitent un assouplissement des sanctions, ce qui dépend d'un accord nucléaire.
Dans ce contexte, la difficulté de communication entre le président et le Guide suprême pourrait entraver la mise en œuvre de ces réformes, faute d'une vision commune sur la manière de sortir de l'impasse. Le président Pezeshkian a toutefois réaffirmé son engagement à poursuivre les négociations, malgré les obstacles.
Une déclaration qui fait écho aux précédentes tensions
Ce n'est pas la première fois que des tensions entre le gouvernement et le Guide suprême sont évoquées. En 2025, des médias iraniens avaient rapporté des désaccords sur la politique de voisinage avec l'Arabie saoudite. Cependant, la déclaration actuelle est plus directe et intervient à un moment critique.
L'ayatollah Khamenei, âgé de 87 ans, est au pouvoir depuis 1989. Sa santé est un sujet de spéculation, et certains experts estiment que les luttes de pouvoir pour sa succession ont déjà commencé. Dans ce cadre, la déclaration de Pezeshkian pourrait être interprétée comme une manœuvre pour renforcer sa propre position.
Réactions internationales
La communauté internationale a réagi avec prudence à cette déclaration. Les États-Unis ont réaffirmé leur volonté de revenir à l'accord de 2015 si l'Iran respecte ses engagements, mais ont souligné que les discussions étaient suspendues. L'Union européenne a appelé à la retenue et au dialogue. La Russie et la Chine, alliées de l'Iran, ont exprimé leur soutien à la souveraineté de l'Iran.
En attendant, la situation reste bloquée. Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si cette déclaration présidentielle aboutira à un changement concret ou si elle restera lettre morte. Selon plusieurs sources, des discussions informelles auraient lieu en coulisses pour tenter de débloquer la situation.



