La Russie ouvre une enquête pénale contre Pavel Durov, fondateur de Telegram
Enquête russe contre le fondateur de Telegram Pavel Durov

La Russie lance une enquête pénale pour terrorisme contre le fondateur de Telegram

La Russie a officiellement annoncé, mardi 24 février, l'ouverture d'une enquête pénale visant Pavel Durov, le fondateur de l'application de messagerie cryptée Telegram. Cette procédure s'inscrit dans le cadre d'accusations de soutien à des activités terroristes, alors que Moscou intensifie ses efforts pour bloquer cette plateforme jugée incontrôlable.

Des accusations graves relayées par les médias d'État

L'information a été diffusée simultanément par Rossiïskaïa Gazeta et Komsomolskaïa Pravda, deux médias d'État russes, qui affirment s'appuyer sur des documents du FSB, le service de sécurité fédéral. Selon ces publications, les actions de Pavel Durov font l'objet d'une enquête pour crime au titre de l'article 205.1 du code pénal russe, relatif au soutien à des activités terroristes.

Les articles accusent Telegram d'être devenu un outil de l'OTAN et de l'Ukraine, largement utilisé par des radicaux et des terroristes, représentant ainsi une menace directe pour la société russe. Ils lient notamment la messagerie à l'attentat du Crocus City Hall ainsi qu'aux assassinats de Daria Douguina et du général Igor Kirillov.

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Une enquête pilotée par le FSB

Le média d'investigation en exil Mojem Obiasnit rapporte que ces articles pourraient avoir été rédigés personnellement par Alexandre Bortnikov, le directeur du FSB, qui collabore régulièrement avec Rossiïskaïa Gazeta. Les enquêtes pour infractions terroristes relèvent effectivement de la compétence exclusive du FSB en Russie.

Alexandre Bortnikov avait précédemment déclaré que les services de sécurité avaient tenté d'établir un contact avec Pavel Durov, mais sans obtenir de résultats positifs. Cette nouvelle procédure s'inscrit dans une stratégie plus large de répression contre les réseaux sociaux basés à l'étranger, que Moscou cherche à remplacer par des alternatives locales plus facilement contrôlables.

Telegram, une plateforme incontournable et contestée

Depuis sa création en 2013, Telegram est devenue l'une des sources d'information les plus importantes en Russie, utilisée aussi bien par le Kremlin et les propagandistes pro-Poutine que par les soldats des deux côtés du conflit en Ukraine orientale. L'application sert également d'outil aux groupes d'opposition russes à l'étranger et aux responsables ukrainiens, dont le président Volodymyr Zelensky.

Telegram a toujours nié les allégations russes selon lesquelles elle serait un refuge pour les activités criminelles ou compromise par les services de renseignement occidentaux et ukrainiens. L'entreprise n'a pas répondu aux demandes de commentaires, et Pavel Durov n'a pas pu être joint.

Le contexte de la répression numérique russe

Depuis plusieurs mois, Moscou tente de renforcer son contrôle sur Telegram. Les autorités ont d'abord ralenti les appels vocaux et vidéo, puis ont brièvement bloqué l'application pour certains utilisateurs au début du mois. Malgré ces pressions, Telegram fonctionnait toujours normalement à Moscou mardi.

Le 10 février, Pavel Durov a dénoncé une mesure autoritaire de la part du gouvernement russe et a affirmé que Telegram ne changerait pas de cap. Telegram défend la liberté et la vie privée, quelle que soit la pression exercée, a déclaré le milliardaire de 41 ans, né à Leningrad et résidant désormais aux Émirats arabes unis.

Parallèlement, la Russie a également décidé de bloquer WhatsApp, une autre messagerie américaine très populaire, accusant l'entreprise de réticence à respecter la législation russe. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a appelé les Russes à utiliser l'application locale MAX, présentée comme une messagerie nationale en émergence, qui revendique plus de 75 millions d'utilisateurs.

Cette offensive contre les plateformes étrangères s'inscrit dans une volonté claire de Moscou de promouvoir des alternatives numériques nationales, plus faciles à surveiller et à contrôler, dans un contexte géopolitique tendu.

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