Soixante-dix ans après la catastrophe de Marcinelle, qui a coûté la vie à 262 mineurs le 8 août 1956, la Belgique tente toujours d'identifier les derniers corps. Grâce aux progrès de l'analyse ADN, les autorités espèrent enfin rendre leur nom à certaines des victimes encore anonymes.
Une tragédie qui a marqué l'histoire
Le 8 août 1956, un incendie s'est déclaré dans la mine de charbon du Bois du Cazier, à Marcinelle, près de Charleroi. Le bilan est lourd : 262 morts, dont 136 Italiens, et de nombreux autres travailleurs immigrés venus d'Europe de l'Est et d'Afrique du Nord. Cette catastrophe a profondément marqué la Belgique et l'Italie, et a conduit à une prise de conscience sur les conditions de travail dans les mines.
Soixante-dix ans plus tard, la plupart des victimes ont été identifiées, mais il reste encore quelques corps sans nom. Selon les autorités belges, une douzaine de tombes dans le cimetière de Marcinelle portent encore la mention « inconnu ». Les familles de ces mineurs n'ont jamais pu faire leur deuil, faute de savoir où reposent leurs proches.
Les progrès de l'ADN au secours des familles
Pour tenter de résoudre ces dernières énigmes, la Belgique a lancé un vaste programme d'identification par ADN. Les restes exhumés sont comparés à des échantillons d'ADN prélevés sur des descendants potentiels, notamment en Italie, en Pologne et en Belgique. « Nous avons déjà réussi à identifier plusieurs victimes grâce à ces techniques, mais il reste encore du travail », explique le porte-parole du service des victimes de la région de Charleroi.
Ce travail est délicat et long. Les corps ont été enterrés depuis des décennies, et l'ADN est souvent dégradé. Les scientifiques utilisent des techniques de pointe, comme l'analyse de l'ADN mitochondrial, qui se transmet par la mère, pour remonter plusieurs générations. « Chaque identification est une victoire pour la mémoire de ces hommes et pour leurs familles », ajoute-t-il.
Un devoir de mémoire toujours vivant
La catastrophe de Marcinelle reste un symbole fort de la solidarité entre les peuples et de la lutte pour de meilleures conditions de travail. Chaque année, des cérémonies commémoratives rassemblent des centaines de personnes, dont de nombreux Italiens qui font le déplacement. Le site du Bois du Cazier est aujourd'hui un musée et un lieu de mémoire, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.
Les autorités belges espèrent que les prochaines identifications permettront de clore ce chapitre douloureux, mais elles savent que le devoir de mémoire ne s'arrête pas là. « Nous avons une responsabilité envers ces hommes qui ont donné leur vie pour notre pays. Leur souvenir doit rester vivant », conclut le bourgmestre de Charleroi.
Un appel aux familles
Pour avancer dans ce travail d'identification, la Belgique lance un appel aux familles des mineurs disparus. Toute personne ayant un lien de parenté avec une victime de Marcinelle est invitée à se faire connaître auprès des autorités. Un site internet a été créé pour recueillir les témoignages et les échantillons d'ADN. « Chaque information peut être précieuse », souligne le porte-parole.
Cette initiative s'inscrit dans une démarche plus large de réconciliation et de reconnaissance. En 2021, l'Italie a officiellement demandé pardon pour le traitement réservé aux mineurs italiens, et la Belgique a présenté ses excuses en 2016. Mais pour les familles, le plus important est de retrouver le nom de leurs proches.
Un travail de mémoire qui continue
Alors que le monde commémore les 70 ans de cette tragédie, la Belgique poursuit son travail de mémoire. Les recherches ADN sont un outil précieux, mais elles ne remplacent pas la transmission orale et les témoignages. Les archives de la mine sont également consultées pour tenter de recouper les informations.
Le 8 août 2026, une grande cérémonie est prévue à Marcinelle, en présence des autorités belges et italiennes. Ce sera l'occasion de rendre hommage aux 262 victimes et de saluer le travail des équipes qui œuvrent dans l'ombre pour que justice soit rendue à leur mémoire.



