En décembre 2026, l'Assemblée générale des Nations unies désignera le ou la prochaine secrétaire générale de l'organisation. Pour la première fois depuis la création de l'ONU en 1945, une femme pourrait être élue à ce poste. Parmi les candidates, la Chilienne Michelle Bachelet apparaît comme la figure la mieux placée, selon les discussions diplomatiques en cours.
Un processus de sélection sous l'ombre du Conseil de sécurité
La désignation du secrétaire général est régie par l'article 97 de la Charte de 1945, qui prévoit que le titulaire est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. En pratique, le choix décisif revient aux cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), dont le droit de veto pèse lourd. Depuis 2015, la procédure s'est ouverte : les candidatures sont publiques et des auditions sont retransmises en direct sur UN Web TV.
Les prochaines auditions, prévues en décembre 2026, se tiendront devant l'ensemble des États membres. Chaque candidat présentera sa vision, puis répondra pendant environ deux heures aux questions des représentants. Cette année, la rotation géographique informelle devrait bénéficier à l'Amérique latine, une région qui n'a pas fourni de secrétaire général depuis le Péruvien Javier Pérez de Cuéllar (1982-1991).
Quatre candidats dominent la campagne
Sur six candidatures officielles, quatre se détachent. Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili et ex-haute-commissaire aux droits de l'homme, est considérée comme la mieux placée. Rebeca Grynspan, actuelle secrétaire générale de la CNUCED, défend une ligne technocratique. Rafael Grossi, directeur général de l'AIEA, met l'accent sur la crédibilité stratégique. Enfin, l'ancien président sénégalais Macky Sall représente le Sud, insistant sur la souveraineté africaine.
Les auditions ont commencé en juin 2026, révélant des divergences profondes. Grossi privilégie la réforme administrative, Grynspan la médiation pragmatique, Macky Sall critique la domination occidentale, et Bachelet porte les droits humains, la justice sociale et l'égalité de genre.
Le profil solide mais clivant de Michelle Bachelet
Bachelet possède une expérience exceptionnelle : deux mandats présidentiels au Chili, ministre de la défense, directrice exécutive d'ONU Femmes, puis haute-commissaire aux droits de l'homme. Son passage au Haut-Commissariat lui a valu des critiques contradictoires : certains Occidentaux lui reprochent sa prudence face à la Chine, les milieux conservateurs américains dénoncent ses positions sur les droits.
Le retrait du soutien officiel du Chili, après l'arrivée au pouvoir du président d'extrême droite José Antonio Kast en mars 2026, illustre la polarisation autour de sa candidature. Elle conserve néanmoins l'appui du Brésil de Lula et du Mexique de Claudia Scheinbaum. Ancienne opposante à la dictature de Pinochet, arrêtée et torturée en 1975, Bachelet a lancé en 2011 un agenda mondial contre les violences faites aux femmes, avec des résultats concrets au Cambodge, en Zambie et au Sénégal.
La campagne reflète les tensions internationales : montée des BRICS, rivalités sino-américaines, contestation de la gouvernance onusienne par le G7, le G20, l'OTAN ou l'OCDE. Les États recherchent un secrétaire général capable de réaffirmer le rôle de l'ONU comme forum universel. La personnalité du futur titulaire, sa capacité à dialoguer avec des dirigeants aux orientations diverses et à restaurer la confiance entre les grandes puissances seront déterminantes. Le temps paraît venu de nommer une femme humaniste, progressiste et charismatique, capable de lancer des initiatives novatrices pour résoudre les conflits.



