Ariane 6 s'apprête à décoller avec quatre boosters pour une mission cruciale
Ariane 6 : décollage crucial avec quatre boosters le 12 février

Ariane 6 s'apprête à décoller avec quatre boosters pour une mission cruciale

Dans les ateliers d'ArianeGroup à Saint-Médard-en-Jalles et au Haillan en Gironde, une légère appréhension règne avant le sixième décollage d'Ariane 6, prévu le jeudi 12 février depuis le Centre spatial guyanais de Kourou. André Lafond, responsable du programme boosters, confie que ce lancement revêt une importance particulière : il s'agira non seulement du premier de l'année pour le lanceur lourd européen, mais surtout de son premier vol en version « A64 », équipée de quatre boosters au lieu de deux.

Une puissance décuplée pour s'arracher à la pesanteur

Les boosters, ces propulseurs accrochés au corps central de la fusée, sont essentiels pour lui permettre de vaincre la gravité. Avec la version classique à deux boosters, la poussée est à peu près équivalente au poids de l'engin, ce qui peut donner une impression de lourdeur au décollage. « Là, avec quatre boosters développant chacun 350 tonnes de poussée, plus le moteur Vulcain de l'étage principal qui développe plus de 100 tonnes, cela va complètement changer la donne », explique André Lafond.

L'A64 disposera ainsi d'une poussée totale d'environ 1 500 tonnes, soit près du double de son poids de 800 tonnes. « C'est l'équivalent de 100 Rafale au décollage », précise-t-il, promettant un spectacle impressionnant. La fusée passera de 0 à 100 km/h en seulement quatre secondes, malgré ses 62 mètres de hauteur.

Une version conçue pour les constellations de satellites

Cette puissance accrue ne sert pas uniquement à décoller plus rapidement. Elle permet également d'emporter des charges plus lourdes, répondant ainsi aux besoins du marché en expansion des constellations de satellites. Le vol VA267 du 12 février, prévu entre 17h45 et 18h13, transportera ainsi 32 satellites de la constellation Internet haut débit Leo d'Amazon, pour une charge totale de 21,6 tonnes.

Cette masse représente plus du double des 10,3 tonnes qu'Ariane 6 peut mettre en orbite avec seulement deux propulseurs. Pour l'occasion, la coiffe de la fusée a été rallongée à 20 mètres au lieu de 14. Environ dix-huit lancements similaires sont programmés au profit d'Amazon, actuellement le plus gros client du lanceur européen.

Des défis techniques et thermiques majeurs

Philippe Clar, directeur des lanceurs, reconnaît que ce prochain lancement est particulier car le lanceur va affronter des environnements beaucoup plus sévères. « Même si on a fait tout ce qu'on pouvait en amont pour que tout se passe bien, une fois qu'on a appuyé sur le bouton du lancement, on ne peut plus rien faire. On reste donc humble », déclare-t-il.

Les effets thermiques seront notamment beaucoup plus importants, avec des températures pouvant atteindre 3 000 °C en sortie de tuyère. Dans les ateliers de Saint-Médard-en-Jalles, où sont fabriquées les jupes arrières des propulseurs, les équipes installent minutieusement des protections thermiques en tissu composite pour protéger les équipements qui ne supportent pas plus de 150 °C.

Une production industrielle modernisée

Symbole de la modernisation industrielle accompagnant Ariane 6, les usines ont adopté des technologies de pointe. Le serrage de chaque vis est désormais contrôlé par ordinateur via des clés connectées, tandis que certains éléments sont acheminés par des véhicules autoguidés. Cet outil industriel permettra d'augmenter la production de boosters, passant de 10 à 15 par an sous l'ère d'Ariane 5 à 35 à partir de 2027.

Le rythme des lancements va également s'accélérer, avec sept à huit prévus cette année, puis neuf par an à partir de 2027, contre cinq à sept pour Ariane 5. Les versions à quatre boosters vont se multiplier, même si des lancements en version A62 continueront d'avoir lieu.

Des améliorations continues et une précision remarquable

Les équipes travaillent déjà sur une nouvelle version de boosters, le P160, qui pourra contenir 160 tonnes de propergol solide contre 142 tonnes pour l'actuel P120. « Cela nous permettra d'améliorer la performance de la fusée de 20 % », assure Philippe Clar. Parallèlement, le moteur Vinci de l'étage supérieur bénéficiera de 10 % de puissance supplémentaire à partir de fin 2024.

La précision d'Ariane 6 constitue un autre atout majeur. Lors de son cinquième vol le 17 décembre dernier, le lanceur a déposé une paire de satellites Galileo à une altitude de 22 922 km avec la meilleure précision jamais obtenue pour cette mission. Un positionnement optimal permet de réduire la consommation d'énergie des satellites et de prolonger leur durée de vie.

Philippe Clar souligne que si le programme Ariane 6 a connu un retard de quatre ans avant son vol inaugural en 2024, « aujourd'hui la maturité technologique est là, et c'est un lanceur lourd qui fonctionne bien ». La preuve : « Il n'a connu aucun échec pour ses cinq premiers lancements ». Un succès le 12 février pourrait ouvrir de nouveaux marchés, le carnet de commandes d'Arianespace étant déjà quasi plein pour 2027 mais avec de la place disponible pour 2028 et 2029.