Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un groupe de personnes se passe de mains en mains des cartons d’appareils électroménagers sortis d’un magasin effondré. D’autres images montrent des cartons de marchandises sur les toits de voitures ou de motos. Les plaintes affluent contre ces nombreux pillages dans l’État côtier de La Guaira, au Venezuela, parsemé d’immenses amas de décombres. Cet État a été touché le 24 juin par un double séisme qui a fait, selon un bilan provisoire, 1 450 morts et des dizaines de milliers de disparus.
Des accusations de pillages par les forces de l’ordre
Des accusations circulent sur les réseaux sociaux contre des policiers et des militaires qui voleraient dans les maisons, voire sur les dépouilles des défunts. La succursale d’une grande chaîne de pharmacies a été pillée, tout comme des supermarchés et d’autres commerces. Certains attribuent ces comportements au « tourisme du malheur », d’autres à la faim et à la détresse engendrées par la perte de tout ce qu’ils possédaient dans un pays en crise chronique depuis des années.
« Ils ont emporté jusqu’aux câbles »
« Est-il juste que notre peuple se dévore lui-même ? », déplore Maria Esther Bernal, 71 ans, qui louait des locaux à des commerçants chinois, tous pillés. « Ils n’ont même pas laissé le papier peint sur les murs, constate-t-elle. Ils ont emporté jusqu’aux câbles. » « Juste à côté, un homme est mort, c’était un Chinois ; ils (les pillards) enjambaient le cadavre pour piller, c’était un supermarché », déplore-t-elle. Une journaliste de l’AFP a observé des pillages dès jeudi à La Guaira.
Jenifer Mayora, 34 ans, affirme que « les choses que nous avons prises, ce sont les propriétaires du magasin qui nous ont donné le droit de les prendre ». Elle déplore le manque d’aide des autorités. « Cela fait un moment que j’attends qu’on me donne un matelas pour que mes enfants puissent dormir. »
« On nous a tout volé »
Les habitants réclament des efforts de sauvetage à La Guaira, mais aussi le maintien de la sécurité et la distribution de nourriture, d’eau et de médicaments. Le gouvernement a militarisé la zone et restreint l’accès à tout l’État. Un laissez-passer qu’il faut obtenir auprès des militaires à Caracas est désormais exigé. Les maisons n’ont pas été épargnées non plus par les pillards. « Il n’y a plus rien ici », déclare à l’AFP Zulay de Carvajal, 72 ans. « On nous a tout volé : les vêtements, les chaussures, les ustensiles, les casseroles, les tasses, les verres… » « Nous avons trouvé un véritable chaos », ajoute son fils, Gregory Carvajal, 37 ans. « Nous étions en train de sortir des corps et, à ce moment-là, les gens pillaient ; ils étaient devenus fous, ils pillaient, emportant tout. »
Des scènes de chaos généralisé
Dans un autre quartier de La Guaira, même scénario. Un homme a surpris un groupe en train d’essayer de dégager un camion coincé dans une maison pour l’emporter. Certains vident le carburant des voitures immobilisées ; d’autres se font passer pour des pompiers. Les plaintes fusent de toutes parts.
Un militaire et un fonctionnaire surpris en train de fouiller
Une vidéo sur les réseaux sociaux montre un homme expulsant de chez lui un militaire et un autre fonctionnaire qu’il surprend en train de fouiller les lieux. « Ils continuent à emporter des trucs, je n’en peux plus », s’indigne la personne qui filme avec son téléphone. Les fonctionnaires lui répondent qu’ils vérifiaient simplement s’il y avait quelqu’un. « Dehors, dehors, vous m’avez tout pillé ! », réplique le sinistré.
Un précédent historique
La Guaira avait déjà été dévastée en 1999 par des pluies et des glissements de terrain qui avaient fait plus de 10 000 morts. « À cette époque, on avait déjà assisté à un tel phénomène de délinquance », explique Marino Alvarado, ancien coordinateur de l’ONG de défense des droits de l’homme Provea. « Il est courant de se retrouver face à trois situations », détaille Marino Alvarado : « la délinquance ; deuxièmement, les abus policiers qui commencent déjà à être dénoncés ; et troisièmement, la participation de fonctionnaires de police ou de militaires au pillage. »
Après le pillage d’une des succursales de la chaîne pharmaceutique Farmatodo à La Guaira, l’entreprise a nettoyé les lieux avec l’aide de la communauté. Un centre de soins y est désormais installé.



