Trump remet en question la défense de Taïwan, inquiétudes sur l'équilibre des puissances
Trump doute de la défense de Taïwan, bascule des puissances

Lors d'un entretien accordé à Fox News, Donald Trump a minimisé l'importance stratégique de Taïwan, la décrivant comme une « très petite île » située à seulement 59 miles de la Chine, tandis que les États-Unis en sont à 9 500 miles. Selon lui, Taïwan s'est développé grâce à des présidents américains incompétents qui ont laissé la Chine lui voler son industrie des puces. Bien que ses estimations soient approximatives – le détroit de Taïwan mesure en réalité une centaine de miles à son point le plus étroit, soit 160 km –, ses propos ont suscité de vives inquiétudes.

Un signal d'abandon pour les alliés

Cette déclaration intervient après que Trump a promis de mettre fin à la guerre en Ukraine en 48 heures, fragilisant l'OTAN et jetant le doute sur la garantie de sécurité américaine en Europe. Désormais, il semble prêt à trahir également Taïwan, une démocratie souveraine de 23 millions d'habitants et allié de longue date des États-Unis. Selon Eyck Freymann, spécialiste de Taïwan à la Hoover Institution, toute déclaration imprudente de Trump risque de renforcer la campagne d'intimidation chinoise visant l'île.

La stratégie chinoise : coercition et désinformation

La Chine déploie une stratégie similaire à celle utilisée pour Hong Kong sous Deng Xiaoping : maintenir une pression inflexible pour installer le Parti communiste au pouvoir. Cela se traduit par une coercition insidieuse, visant à asphyxier Taïwan par un blocus permanent, et par une inondation de propagande et de désinformation pour convaincre les Taïwanais que la prise de contrôle est inéluctable et que les Américains ne peuvent rien pour eux.

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Le South China Morning Post de Hong Kong, qui relaie souvent les vues de Pékin, rappelle que la question de Taïwan est la plus importante dans les relations bilatérales sino-américaines. L'an dernier, le président américain a autorisé un contrat d'armement de 11 milliards de dollars, et cette année, le Congrès a voté 14 milliards, en attente de la signature de Trump. Selon Shao Yuqun de l'Institut des études internationales de Shanghai, Pékin considère les suites de ce contrat comme un test du désengagement américain.

Un abandon des principes fondamentaux

Dans le New Yorker, Ewans Osnos estime qu'en discutant des ventes d'armes à Taipei avec Xi Jinping, Trump a abandonné un principe clé de la politique américaine : Washington ne discute pas avec Pékin des fournitures d'armes à Taïwan. Le Taiwan Relations Act de 1979 ne prévoit pas d'intervention automatique en cas d'invasion, mais l'ambiguïté stratégique est censée dissuader Pékin. De plus, le Six Assurances to Taiwan Act de 1982 stipule que les États-Unis n'ont pas accepté de consulter la Chine sur ces ventes.

Le sommet Trump-Xi : un bilan mitigé

Trump était sur le point d'annuler le sommet Chine-États-Unis en mars à cause de la guerre en Iran, mais le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran l'a poussé à se rendre à Pékin pour obtenir le soutien chinois. Il prétend que les deux pays se sont mis d'accord sur le détroit d'Ormuz, mais la Chine se contente d'appeler au dialogue et à la paix, sans s'engager à cesser ses livraisons d'armes à l'Iran.

Selon The Economist, l'équilibre des puissances semble avoir basculé en faveur de Pékin. Dans son discours inaugural, Xi Jinping a averti que « le monde connaît une transformation sans précédent depuis un siècle », soulignant la puissance acquise par la Chine. Les politologues Rebecca Lissner et Mira Rapp-Hooper écrivent dans Foreign Affairs que ce sommet pourrait marquer un moment charnière où la Chine consolide sa sphère d'influence dans l'Indo-Pacifique, Taïwan étant la pierre angulaire. Déjà, 65 % des Indonésiens, 63 % des Singapouriens et 60 % des Malaisiens penchent en faveur de Pékin.

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Vers un partage du monde ?

Certaines déclarations de Trump, justifiant ses prétentions sur le Canada, le Groenland, le Venezuela ou Cuba par des ambitions sur « l'hémisphère occidental », suggèrent une stratégie de sphères d'influence parallèles, abandonnant de fait l'Asie-Pacifique à la Chine. Cependant, son intervention en Iran montre qu'il n'est pas constant sur cette ligne. Les autrices notent que les leviers d'influence du XXIe siècle sont plus subtils : désinformation par IA, ingérence électorale, corruption ou endettement massif.

Menaces russes en Europe

Parallèlement, la Russie a fait voter une loi autorisant Poutine à utiliser la force armée à l'extérieur pour protéger les Russes contre des persécutions judiciaires. Cela pourrait préparer une invasion de la Lettonie ou de l'Estonie, où vivent d'importantes minorités russes, ou protéger les soldats russes des poursuites pour crimes de guerre. Le 7 mai, des drones ont survolé la Lettonie, dont un s'est écrasé sur un dépôt pétrolier. Le gouvernement letton a accusé la Russie d'avoir détourné des drones ukrainiens, entraînant la démission du ministre de la Défense et la chute du gouvernement. Pour Il Foglio, c'est symptomatique d'une Europe qui regarde désormais ses frontières, un changement imposé par l'invasion russe de l'Ukraine.