La France a refusé de rapatrier deux orphelines françaises âgées de 3 et 5 ans, détenues dans un camp de jihadistes dans le nord-est de la Syrie. Leur mère, une Française d'origine marocaine partie rejoindre l'État islamique en 2015, est décédée en juin 2020. Les deux fillettes se trouvent actuellement dans le camp d'Al-Hol, géré par les Forces démocratiques syriennes (FDS).
Une décision contestée
La décision du gouvernement français a été annoncée le 8 juillet 2020 par le ministère des Affaires étrangères, qui a invoqué des « raisons de sécurité » pour justifier ce refus. Selon le Quai d'Orsay, le rapatriement des enfants pourrait constituer un « risque sécuritaire » pour la France. Cette position a suscité l'indignation des familles et de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme.
L'avocat des deux orphelines, Me Vincent Brengarth, a dénoncé une « décision inhumaine » et a annoncé son intention de saisir le Conseil d'État. « Ces enfants n'ont rien à voir avec les crimes de leurs parents. Elles sont victimes de la situation et ont droit à une protection », a-t-il déclaré.
Des précédents controversés
La France a déjà rapatrié plusieurs enfants de jihadistes depuis 2019, mais de manière très restrictive. En mars 2020, Paris avait accepté le retour de 12 enfants français, mais uniquement ceux de moins de 5 ans. Les autorités françaises estiment que les enfants plus âgés pourraient avoir été « radicalisés » et représenter un danger potentiel.
Selon les chiffres du ministère des Affaires étrangères, environ 80 enfants français sont encore détenus dans des camps en Syrie, dont une quarantaine d'orphelins. Les ONG comme Human Rights Watch et le Collectif des familles unies appellent régulièrement la France à rapatrier tous les enfants sans délai.
Un camp surpeuplé et dangereux
Le camp d'Al-Hol, où sont détenues les deux fillettes, est l'un des plus grands camps de déplacés en Syrie. Il abrite environ 70 000 personnes, dont 90 % de femmes et d'enfants. Les conditions de vie y sont extrêmement précaires, avec un accès limité à l'eau potable, aux soins médicaux et à l'éducation. Plusieurs enfants y sont morts de maladies ou de malnutrition.
Les FDS, qui contrôlent le camp, ont à plusieurs reprises demandé aux pays étrangers de rapatrier leurs ressortissants, menaçant de les juger localement. La France, comme d'autres pays européens, a jusqu'à présent refusé de procéder à des rapatriements massifs.
Un débat politique et juridique
La question du rapatriement des enfants de jihadistes divise la classe politique française. Certains élus, comme le député LFI Éric Coquerel, estiment que la France a « une obligation morale et juridique » de protéger ces enfants. D'autres, à droite et à l'extrême droite, s'opposent à tout rapatriement, craignant des risques sécuritaires.
Sur le plan juridique, la France a été condamnée à plusieurs reprises par des instances internationales pour son refus de rapatrier des ressortissants. En mars 2020, le Comité des droits de l'enfant de l'ONU a demandé à la France de rapatrier d'urgence 35 enfants français détenus en Syrie, mais Paris n'a pas suivi cette recommandation.
Le cas des deux orphelines de 3 et 5 ans illustre les dilemmes auxquels sont confrontés les gouvernements occidentaux face aux rescapés de l'État islamique. Alors que les camps continuent de se détériorer, la pression sur la France s'accentue pour qu'elle revoie sa politique.



