Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou persiste à qualifier de « héros » les membres de l’Irgoun responsables de l’attentat à la bombe contre l’hôtel King David à Jérusalem en 1946, un acte qui avait causé la mort de 91 personnes. Cette position, réaffirmée lors d’une cérémonie officielle le 19 juillet 2026, continue de susciter des controverses, tant en Israël qu’à l’international.
Un attentat historique toujours célébré
L’attentat du 22 juillet 1946 visait le quartier général des autorités britanniques mandataires, installé dans l’aile sud de l’hôtel King David. L’explosion, préparée par des membres de l’Irgoun (organisation paramilitaire juive), avait fait 91 morts, dont 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs et 5 autres nationalités. L’opération était dirigée par Menahem Begin, futur Premier ministre israélien, que Netanyahou considère comme un modèle.
Lors d’un discours prononcé au musée Begin à Jérusalem, Netanyahou a déclaré : « Ces hommes et ces femmes ont risqué leur vie pour notre liberté. Ils sont des héros de la nation. » Selon lui, l’attentat a été un tournant dans la lutte contre le mandat britannique, conduisant à la création de l’État d’Israël en 1948.
Des réactions contrastées
Cette prise de position a immédiatement provoqué des réactions. Le ministère britannique des Affaires étrangères a exprimé sa « consternation », rappelant que l’attentat avait tué des citoyens britanniques innocents. De son côté, l’Autorité palestinienne a dénoncé une « glorification du terrorisme ». En Israël, des voix critiques se sont élevées, notamment de la part d’historiens et de familles de victimes juives de l’attentat.
Le professeur Yehuda Bauer, historien reconnu de la Shoah, a déclaré : « Qualifier de héros des hommes qui ont tué délibérément des civils, y compris des Juifs, est une distorsion historique. Cela légitime la violence politique. »
Un contexte politique tendu
Cette déclaration intervient dans un climat politique israélien déjà polarisé. Netanyahou, confronté à des critiques sur sa politique sécuritaire et à des manifestations, utilise souvent des références historiques pour consolider sa base nationaliste. Le parti Likoud, qu’il dirige, s’inscrit dans la filiation idéologique de Begin et de l’Irgoun.
Selon un sondage réalisé par l’Institut israélien de la démocratie, 43 % des Israéliens juifs considèrent les membres de l’Irgoun comme des héros, tandis que 38 % les voient comme des combattants ayant commis des actes discutables. Parmi les Arabes israéliens, 92 % les jugent négativement.
Une mémoire sélective
L’attentat de l’hôtel King David reste un sujet sensible dans l’historiographie israélienne. Certains manuels scolaires le présentent comme un acte de résistance, d’autres comme une opération controversée. Le gouvernement Netanyahou a promu une version héroïque de l’événement, notamment via des subventions à des musées et des commémorations.
L’historien Tom Segev estime que « cette glorification sert des objectifs politiques immédiats, mais elle fausse la compréhension de notre passé. Un État démocratique ne peut pas célébrer des actes qui ont tué des innocents sans nuance. »
Impact international
La position de Netanyahou pourrait affecter les relations diplomatiques d’Israël, notamment avec le Royaume-Uni. Un porte-parole du Foreign Office a indiqué que Londres étudiait la possibilité de convoquer l’ambassadeur israélien pour obtenir des éclaircissements. L’attentat de 1946 reste un traumatisme pour les familles des victimes britanniques, qui réclament des excuses officielles.
En conclusion, Benyamin Netanyahou maintient sa vision des poseurs de bombes de l’hôtel King David comme des héros nationaux, une position qui divise profondément la société israélienne et irrite la communauté internationale, tout en s’inscrivant dans une stratégie politique de consolidation de son camp.



