Guerre à Gaza : le rêve culturel des Émirats arabes unis vacille
Guerre à Gaza : le rêve culturel des Émirats vacille

La guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée le 7 octobre 2023, a un impact dévastateur sur le secteur culturel des Émirats arabes unis, autrefois présenté comme un eldorado pour l'art arabe. Musées vides, galeristes bredouilles et artistes en difficulté : le rêve culturel émirati vacille.

Un tourisme culturel en chute libre

Selon des témoignages recueillis par Libération, la fréquentation des musées et galeries d'Abou Dhabi et de Dubaï a chuté de 40 % depuis le début du conflit. « Les visiteurs internationaux se font rares, et les collectionneurs du Golfe sont réticents à investir dans un contexte de tensions régionales », explique un galeriste dubaiote sous couvert d'anonymat.

Le Louvre Abou Dhabi, inauguré en 2017 avec faste, enregistre une baisse de 35 % de ses entrées par rapport à l'année précédente. L'institution, qui devait attirer 2 millions de visiteurs par an, peine à atteindre la moitié de cet objectif.

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Des artistes locaux pris en étau

Les artistes émiratis et résidents subissent également les conséquences de la guerre. « Les commandes publiques et privées ont été suspendues, et les expositions reportées sine die », déplore une artiste basée à Sharjah. Plusieurs foires d'art contemporain, comme Art Dubai, ont vu leur fréquentation chuter de 50 %.

Le gouvernement émirati, qui a investi des milliards de dollars dans les infrastructures culturelles, tente de rassurer. « La culture reste une priorité nationale, mais la conjoncture régionale nous oblige à revoir nos priorités », a déclaré un responsable du ministère de la Culture, cité par l'agence de presse WAM.

Un modèle économique fragilisé

La guerre expose les fragilités d'un modèle culturel dépendant des flux touristiques et des investissements étrangers. Les Émirats, qui misaient sur l'art pour diversifier leur économie post-pétrole, voient leurs ambitions contrariées. « Le soft power culturel émirati est en berne », analyse un expert en géopolitique de l'université de Paris.

Selon des données du cabinet Deloitte, le marché de l'art aux Émirats a perdu 300 millions de dollars depuis octobre 2023, soit une baisse de 25 % par rapport à la même période l'année précédente. Les galeries les plus touchées sont celles spécialisées dans l'art du Moyen-Orient, dont les ventes ont chuté de 60 %.

Malgré tout, certains acteurs restent optimistes. « La scène artistique émiratie est résiliente. Nous avons déjà surmonté la crise du Covid-19, nous nous relèverons », assure un commissaire d'exposition. Mais le chemin s'annonce long, tant que la guerre se poursuit.

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