Les eurodéputés du Rassemblement national (RN) ont voté en faveur d'une directive européenne imposant une peine d'inéligibilité pour les personnes condamnées pour détournement de fonds publics, selon un scrutin daté du 13 juillet 2025. Cette position pourrait se retourner contre leur propre chef, Marine Le Pen, actuellement poursuivie dans une affaire similaire.
Un vote unanime des élus RN
Lors du vote au Parlement européen, les six eurodéputés RN présents ont approuvé le texte, qui prévoit une inéligibilité d'au moins cinq ans pour les auteurs de détournements de fonds publics. Le texte a été adopté par 487 voix pour, 106 contre et 39 abstentions. Les élus RN ont justifié leur vote en affirmant vouloir lutter contre la corruption, sans anticiper les conséquences pour leur propre parti.
Une menace directe pour Marine Le Pen
Marine Le Pen est mise en examen depuis 2023 dans l'affaire des assistants parlementaires européens du Front national, devenue RN. Elle est soupçonnée d'avoir utilisé des fonds européens pour rémunérer des assistants qui travaillaient en réalité pour le parti. Si elle était condamnée, la directive européenne pourrait lui interdire de se présenter à une élection pendant cinq ans, compromettant ses ambitions présidentielles pour 2027.
« C'est une décision dangereuse pour nous, mais nous ne pouvions pas voter contre la lutte contre la corruption », a déclaré un eurodéputé RN sous couvert d'anonymat. L'avocate de Marine Le Pen, Me Marie-Alix Canu-Bernard, a indiqué que la défense étudiait les voies de recours possibles pour contester l'application de cette directive en France.
Des réactions politiques contrastées
L'opposition a immédiatement réagi. « Les élus RN ont signé leur propre arrêt de mort politique », a tweeté un député de la majorité présidentielle. De son côté, le président du RN, Jordan Bardella, a tenté de minimiser l'impact : « Cette directive ne concerne que les condamnations futures, pas les affaires en cours. » Toutefois, les experts juridiques estiment que la directive pourrait s'appliquer rétroactivement si elle est transposée en droit français avant le jugement de Marine Le Pen.
Un précédent embarrassant
Ce n'est pas la première fois que le RN se trouve pris à son propre piège. En 2024, des élus RN avaient voté une loi sur la transparence financière des partis, qui avait ensuite été utilisée pour perquisitionner les locaux du parti. Cette nouvelle affaire illustre les contradictions du parti, tiraillé entre son discours anti-corruption et les affaires judiciaires de ses dirigeants.
La directive européenne doit désormais être transposée dans les législations nationales dans un délai de deux ans. En France, le gouvernement a déjà annoncé qu'il préparait un projet de loi en ce sens, ce qui pourrait accélérer le calendrier judiciaire de Marine Le Pen.



