Même si l'optimisme est actuellement de mise, les négociations pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient restent ardues. L'Iran, les États-Unis et Israël poursuivent en effet des objectifs bien distincts. « Pour l'Iran, l'enjeu est existentiel, pour les États-Unis il est de court terme », estime Ali Vaez, de l'International Crisis Group. De son côté, Israël, allié de Washington, continue de s'opposer à toute entente avec Téhéran. Alors qu'un accord tarde à se concrétiser, 20 Minutes fait le point sur les aspirations de ces trois belligérants.
Quels sont les enjeux pour l'Iran ?
Paralysé par des décennies de sanctions américaines, l'Iran souffre d'une économie exsangue. Cette situation avait déclenché des manifestations de masse contre le gouvernement quelques semaines avant le début de la guerre, le 28 février, étouffées par une répression brutale qui a fait des milliers de morts. Aujourd'hui, le pays a besoin « d'une injection de centaines de milliards de dollars pour pouvoir se remettre sur pied », analyse Ali Vaez. Cependant, cet argent ne sera pas disponible tant que l'Iran n'aura pas réglé « ses problèmes avec le monde extérieur de manière fondamentale. C'est une chose de survivre à une guerre chaude, c'en est une autre de geler dans une paix froide ».
La priorité du pouvoir iranien reste sa survie. Selon l'agence de presse iranienne Tasnim, l'Iran a exclu tout accord si une partie de ses avoirs bloqués par les sanctions n'est pas débloquée dès la première étape, et réclame un mécanisme clair pour garantir la libération des autres fonds gelés. Pour négocier, Téhéran détient une carte maîtresse : le blocage du détroit d'Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures.
Quelle est désormais la priorité de Trump ?
Pour Mairav Zonszein, analyste principale d'Israël à l'International Crisis Group, Donald Trump est entré en guerre en pensant qu'elle « serait rapide et plus réussie qu'elle ne l'a été ». Le locataire de la Maison-Blanche a constamment exigé que l'Iran renonce à son programme nucléaire, sans y parvenir jusque-là malgré la guerre et plusieurs cycles de négociations. La question nucléaire sera donc probablement renvoyée à un stade ultérieur. Traiter d'autres questions, comme celle du détroit d'Ormuz, paraît plus logique que de « s'enliser sur la question nucléaire », estime Ali Vaez.
À court terme, la priorité du président américain pourrait être de mettre fin à la guerre « parce qu'il doit faire baisser les prix mondiaux de l'énergie et les prix à la pompe aux États-Unis ». Donald Trump doit également « se concentrer sur les élections de mi-mandat » aux États-Unis. Il a donc « tout intérêt à donner l'image d'un gagnant », appuie également Mairav Zonszein.
Que veut Netanyahou ?
Le Premier ministre israélien a affirmé dimanche être convenu avec Donald Trump que tout accord final avec l'Iran devait « éliminer entièrement la menace nucléaire ». Selon Mairav Zonszein, comme la guerre dure, la rhétorique israélienne soutient qu'il « suffit de maintenir la force militaire, la menace militaire, la pression économique, et cela finira par donner des résultats ». Israël avait déjà tenté d'empêcher l'administration de Barack Obama de conclure l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien de 2015. S'il avait échoué, Israël a campé sur cette position. Mais selon Ali Vaez, « il n'existe aucun accord qui satisferait Israël ».
Surtout, d'après lui, la question libanaise peut « empoisonner » les négociations. Téhéran réclame en effet l'inclusion du Liban dans tout accord, alors qu'Israël invoque la légitime défense face au Hezbollah pro-iranien pour continuer de frapper le pays voisin malgré un cessez-le-feu parrainé par les États-Unis. L'insistance iranienne fournit à « Israël un instrument pour faire échouer un accord », même si ce n'est pas dans l'immédiat, avertit Ali Vaez.



