Rituels néandertaliens : la grotte du Prince pourrait tout changer
Rituels néandertaliens : la grotte du Prince à l'étude

La grotte du Prince, située à Vintimille, près de la frontière italienne, appartient au prince Albert II de Monaco. Elle se retrouve aujourd'hui au cœur d'un projet scientifique inédit. Six chercheurs espagnols, issus de l'Université d'Alcalá et du Musée archéologique et paléontologique de Madrid, ont été invités par le Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco à l'étudier du 21 au 24 juillet 2026. Le 23 juillet, ils ont visité cette cavité après avoir parcouru plus de 1 000 kilomètres.

La seule piste comparable au site espagnol

Cette cavité est en effet la seule au monde à présenter de frappantes similitudes avec la Cueva Des-Cubierta, un site proche de Madrid. Dans cette grotte espagnole, les archéologues ont découvert des dizaines de crânes d'animaux à cornes, soigneusement déposés il y a environ 40 000 ans. Il ne s'agit pas d'un simple hasard : ces dépôts témoigneraient de véritables rituels néandertaliens.

L'hypothèse d'une forme de religion a été formulée, mais elle n'est pas encore validée. C'est pour tenter de lever ce mystère que les scientifiques ont entrepris ce déplacement. L'intuition vient d'Elena Rossoni-Notter, directrice du Musée d'Anthropologie préhistorique de Monaco. « Dès que j'ai lu l'article dans la revue Nature et regardé les photos, j'ai immédiatement pensé à la grotte du Prince. Les ressemblances m'ont frappée. J'ai décidé de prendre contact avec eux. Ce sont les deux seuls sites au monde présentant ces caractéristiques », explique-t-elle.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des rituels encore inexpliqués

Si l'existence de rituels vieux de 40 000 ans est désormais établie dans la grotte espagnole, leur signification demeure inconnue. Pour César Laplana, paléontologue espagnol, plusieurs pistes sont possibles : « Il pouvait s'agir d'un rite religieux, d'un rite initiatique ou d'une magie propitiatoire destinée à favoriser la chasse. On espère trouver la réponse ici à Monaco. »

Le point commun entre les deux sites est majeur. Enrique Baquedano Pérez, codirecteur du projet, résume : « une accumulation de crânes d'animaux à cornes datant de la même période ». Les crânes retrouvés présentent les mêmes caractéristiques, ce qui suggère une sélection volontaire. Ils ont aussi été déposés sans le reste du squelette, ce qui écarte l'idée d'un simple repas. La tête n'est en effet pas assez riche en viande pour justifier un transport jusqu'à la grotte.

Des différences entre Monaco et Madrid

Les chercheurs restent néanmoins prudents. La visite de la grotte du Prince a révélé des différences avec la Cueva Des-Cubierta. Marian Galindo, paléontologue, précise : « À Cueva Des-Cubierta, les crânes que nous avons retrouvés n'avaient ni la mâchoire supérieure ni la mâchoire inférieure. Nous pensons que cela était volontaire et avait une dimension symbolique. Ici, d'après ce que nous avons pu observer, ces éléments semblent avoir été conservés. »

César Laplana relativise cette différence : « Nous avons aussi des grottes avec des tailles distinctes. Celle de Monaco est plus grande. Les différences existent. Mais malgré ça, ce qui nous intéresse, c'est ce que nous pouvons retrouver en commun. »

Vers une nouvelle étape à Madrid

La collaboration entre les équipes monégasque et espagnole ne fait que commencer. En septembre 2026, la délégation monégasque doit se rendre à Madrid pour visiter la Cueva Des-Cubierta. Ce sera l'occasion d'échanger sur les premières observations et de définir les prochaines phases de travail.

Plusieurs pistes sont déjà évoquées, notamment « la profondeur des restes de crânes », indique Lucía Villaescusa, archéologue. En archéologie, plus un élément est profond, plus il est ancien. « À Cueva Des-Cubierta, nous avons retrouvé des crânes dans différentes couches de sédiments. Cela indique que cette pratique s'est transmise de génération en génération », ajoute-t-elle.

Les prochaines semaines permettront peut-être de déterminer si ces comportements symboliques étaient isolés ou largement répandus dans l'Europe néandertalienne.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale