La dynastie Castro plus que jamais aux manettes d’un Cuba en crise
Dynastie Castro : mainmise sur un Cuba en crise

La dynastie Castro : une mainmise persistante sur Cuba en pleine tourmente

Cuba traverse sans doute sa pire crise depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Pourtant, au milieu d’un chaos apparent, une constante demeure : l’omniprésence de la famille Castro. Loin de s’effacer, une nouvelle génération prend peu à peu le pouvoir, mêlant discrétion stratégique et provocations tapageuses.

Des négociations sous tension avec Washington

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a averti jeudi que les États-Unis étaient « déterminés » à imposer un changement dans l’île communiste, au lendemain de l’inculpation de l’ex-président cubain Raúl Castro par la justice américaine. « Leur système économique ne fonctionne pas. Il est défaillant, et on ne peut pas le réparer avec le système politique actuel », a déclaré Marco Rubio depuis Miami. « Ce à quoi ils se sont habitués toutes ces années, c’est simplement de gagner du temps et d’attendre que nous nous lassions. Ils ne pourront ni faire traîner les choses ni gagner du temps. Nous sommes très sérieux, très déterminés. » Ce discours vise l’opinion américaine alors que des négociations se déroulent au plus haut niveau de l’État cubain.

Les figures clés de la nouvelle génération Castro

Le président cubain Miguel Díaz-Canel, officiellement au pouvoir depuis 2018, ne tire en réalité pas toutes les ficelles. Longtemps, c’est Alejandro Castro Espín, le fils de Raúl Castro, qui menait la danse en coulisses, capable de parler directement au patron de la CIA lors du « dégel » avec Obama. Mais depuis le scandale du « syndrome de La Havane » en 2018, son étoile a pâli. Aujourd’hui, c’est son neveu Raúl Guillermo Rodriguez Castro, surnommé « Le Crabe », qui fait parler de lui. Colonel au ministère de l’Intérieur et garde du corps de son grand-père, il est devenu un personnage clé. Le 15 mai dernier, le magazine Fortune a confirmé que William J. Burns, le patron de la CIA, a fait le déplacement près de Cuba pour le rencontrer et négocier l’avenir du régime.

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Oscar Perez-Oliva, petit-fils d’Angela Castro, sœur de Fidel et Raúl, est une autre figure montante. Ministre du Commerce extérieur en 2024, puis vice-Premier ministre, il a aussi été élu à l’Assemblée nationale. « Il semble être un candidat beaucoup plus sérieux pour une nouvelle génération liée à la famille, bénéficiant de sa confiance, mais sans en porter le nom », explique Andres Pertierra, historien à l’Université du Wisconsin. Il incarne le renouveau sans renier l’héritage de Fidel. « Cuba est disposée à avoir une relation commerciale fluide avec les entreprises américaines et avec les Cubains résidant aux États-Unis », a-t-il déclaré, ouvrant la porte à des négociations tendues.

Sandro Castro, le « mauvais garçon » qui bouscule le régime

La « star » la plus imprévisible reste Sandro Castro, 34 ans, petit-fils de Fidel. Patron d’un bar branché à La Havane et influenceur sur Instagram avec près de 160 000 abonnés, il critique ouvertement les difficultés quotidiennes et le président Díaz-Canel. « Le président ne fait pas du bon boulot, la majorité des Cubains veulent le capitalisme, pas le communisme », a-t-il lancé à CNN. Des paroles chocs pour un Castro. Les médias d’État l’ont étrillé, tandis que les exilés dénoncent l’hypocrisie d’une élite vivant dans le luxe. Sandro se défend en se disant « simple citoyen » et « révolutionnaire d’idées, de progrès, de changement ». Lillian Guerra, professeure à l’Université de Floride, y voit un « plan bien mis en scène » pour séduire l’opinion américaine. Andres Pertierra tempère : « Il ne doit pas être pris autant au sérieux que quelqu’un occupant un poste élevé au gouvernement. » Il occupe en tout cas la scène médiatique pendant que sa famille négocie en secret.

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Un avenir incertain pour Díaz-Canel

Ces ascensions interrogent sur l’avenir de Miguel Díaz-Canel, premier non-Castro à la tête du pays depuis la Révolution de 1959. Si Raúl Castro s’est officiellement retiré, il reste, à 94 ans, une « figure centrale du pouvoir » et pilote en sous-main les négociations avec Washington. Andres Pertierra en est persuadé : « Les Castro vont continuer à jouer un certain rôle dans le système politique cubain pendant encore très, très longtemps, même lorsqu’ils n’auront plus nécessairement le nom de famille Castro. »