Ahmad Vahidi, le général d'Interpol devenu l'homme fort de l'Iran
Ahmad Vahidi, le général d'Interpol devenu l'homme fort de l'Iran

Sanctionné, recherché, haï… Ahmad Vahidi n’a jamais été aussi puissant. À Téhéran, dans les cercles clos du pouvoir sécuritaire, le nom d’Ahmad Vahidi inspire autant la crainte que le respect. Général des Gardiens de la révolution, visé par une notice rouge d’Interpol pour l’attentat contre le centre juif AMIA de Buenos Aires en 1994, il est devenu l’un des hommes les plus influents de la République islamique en temps de guerre.

Son ascension impressionnante s’est accélérée après la mort de Mohammad Pakpour lors des frappes américano-israéliennes du 28 février 2026. Ahmad Vahidi a alors pris les rênes du Corps des gardiens de la révolution islamique, institution tentaculaire qui concentre aujourd’hui l’essentiel du pouvoir militaire, sécuritaire et idéologique iranien. Portrait d’un général introuvable d’Interpol devenu l’architecte de la guerre iranienne.

Celui qui possède une « voix extrêmement forte autour de la table »

Selon CNN, sa nomination prouve que les tentatives israélo-américaines de « décapitation » du commandement iranien n’ont nullement favorisé l’émergence d’une ligne plus pragmatique. Elles ont, au contraire, propulsé les figures les plus intransigeantes au sommet de l’État. Le média américain cite Ali Vaez, directeur du programme Iran à l’International Crisis Group : « Il est influent, mais il fait partie d’un système. Les décisions sont prises de manière consensuelle, et Ahmad Vahidi possède sans aucun doute une voix extrêmement forte autour de la table. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Dans cette guerre où la diplomatie vacille au bord de l’abîme, Ahmad Vahidi est le tenant d’une doctrine sans concession. D’après l’ancien responsable de la branche iranienne du renseignement militaire israélien, Danny Citrinowicz, interrogé par CNN, « on ne peut conclure aucun accord sans passer par lui ». L’analyste décrit un homme « très dominant » et « radical », profondément fidèle aux principes fondateurs de la révolution islamique de 1979.

Le clan fermé des « principalistes »

Né en 1958 à Chiraz, Ahmad Vahidi appartient à cette génération d’officiers dont l’identité politique s’est forgée dans le brasier de la guerre Iran-Irak. Dès les premières années de la République islamique, il rejoint l’appareil révolutionnaire et gravit rapidement les échelons du renseignement militaire. Selon Politics Today, il devient dès les années 1980 une figure montante des Gardiens de la révolution avant de diriger la force Al-Qods entre 1988 et 1997. Une fonction qu’il transmettra ensuite à Qassem Soleimani.

Son parcours en a fait un cas rare : un militaire devenu homme d’État. Ministre de la Défense sous Ahmadinejad, puis de l’Intérieur sous Raïssi, il a navigué entre l’armée et la politique sans jamais lâcher ses convictions. « Principaliste » convaincu et ultra du régime, il est alors farouchement opposé à tout rapprochement avec l’Occident. Entre autonomie militaire et méfiance totale envers Washington, il a sa ligne.

Le visage de la répression

Mais c’est surtout son rôle dans la répression des manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini qui a consolidé sa réputation internationale. En 2022, alors ministre de l’Intérieur, Ahmad Vahidi supervise les forces de sécurité lors du soulèvement le plus important qu’ait connu la République islamique depuis des décennies. Plus de 500 manifestants auraient été tués lors de la répression, d’après les organisations de défense des droits humains. À l’époque, Ahmad Vahidi qualifie les attaques contre le port obligatoire du hijab de « complot colonial orchestré par les ennemis de l’Iran ».

Le département du Trésor américain l’accuse alors d’avoir explicitement menacé les protestataires et cautionné les violences des forces de sécurité. Washington le sanctionne pour « violations graves des droits humains ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un homme recherché par Interpol

L’attentat de Buenos Aires reste le point noir du CV d’Ahmad Vahidi. En 1994, l’explosion contre l’AMIA, le grand centre communautaire juif argentin, tue 85 personnes. Interpol finira par émettre une notice rouge contre lui. L’Iran, bien sûr, nie. Mais pour Danny Citrinowicz, cité par CNN, ce passé de fugitif ne fait que renforcer son influence : « Ahmad Vahidi est un homme recherché. Un homme qu’on ne peut ignorer. »

Mais aujourd’hui, le général ne se contente plus du plan militaire. Selon plusieurs experts interrogés par CNN et par le think tank américain Institute for the Study of War (ISW), il ferait partie du cercle extrêmement restreint qui pilote à la fois la stratégie de guerre et les négociations avec Washington. L’ISW estime que son entourage a progressivement pris le contrôle non seulement de la réponse militaire iranienne, mais aussi des orientations diplomatiques de Téhéran. Le centre d’analyse américain souligne que la structure décisionnelle iranienne est désormais dominée plus que jamais par les Gardiens de la révolution.

Selon IranWire, Vahidi disposerait même d’un accès direct à Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême et considéré par certains observateurs comme son héritier politique potentiel. Dans cette nouvelle architecture du pouvoir, les diplomates traditionnels, comme le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi ou le président du parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, apparaissent davantage comme des façades publiques que comme les véritables centres de décision.

« Vous recevrez des coups dévastateurs »

La stratégie défendue par Ahmad Vahidi est de maintenir la pression maximale sur les États-Unis et leurs alliés. Contrôle du détroit d’Ormuz, refus de céder les stocks d’uranium enrichi, menace d’une extension régionale du conflit : Téhéran joue désormais une partition d’escalade calculée.

« Si une nouvelle agression est commise contre le sol iranien, le feu promis jusque-là dans les limites d’une guerre régionale éclatera cette fois au-delà de toutes les frontières. Vous recevrez des coups dévastateurs », avertissait-il mercredi 20 mai dans les médias iraniens.

L’émergence de Vahidi raconte surtout l’histoire de la militarisation accélérée du pouvoir. Depuis l’assassinat de Soleimani en 2020 jusqu’aux frappes de 2026, chaque tentative occidentale d’affaiblissement a renforcé le poids politique des Gardiens de la révolution. Le résultat est un système de plus en plus fermé, dominé par des vétérans de guerre convaincus que la survie du régime passe par la confrontation permanente. Certains, à l’Ouest, croyaient qu’une guerre prolongée pousserait l’Iran à la table des négociations. Ahmad Vahidi, lui, prouve le contraire.