Politique migratoire méditerranéenne : former, recruter, circuler, retourner
Politique migratoire méditerranéenne : former, recruter, circuler

Face à l'impasse des politiques migratoires actuelles, une nouvelle approche émerge : une politique méditerranéenne commune qui organiserait ensemble la formation, le recrutement, la circulation et le retour des compétences. C'est la proposition centrale d'une tribune publiée dans Le Monde le 30 août 2026, signée par plusieurs personnalités et experts.

Une réponse aux crises migratoires en Méditerranée

Les auteurs de la tribune constatent que les politiques migratoires actuelles, fondées sur la fermeture et la gestion d'urgence, échouent à répondre aux défis démographiques et économiques des deux rives de la Méditerranée. Ils appellent à dépasser les approches nationales et sécuritaires pour construire une stratégie commune, fondée sur la coopération et la mobilité légale.

Selon eux, une telle politique permettrait de transformer les flux migratoires en opportunités pour les pays d'origine, de transit et d'accueil. Elle s'appuierait sur des mécanismes concrets, comme la création de filières de formation professionnelle adaptées aux besoins des marchés du travail européens et méditerranéens.

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Former et recruter : un intérêt partagé

Le premier pilier de cette politique serait la formation. Les auteurs proposent d'organiser, dans les pays d'origine, des programmes de formation professionnelle alignés sur les besoins des secteurs en tension en Europe (santé, bâtiment, numérique, agriculture). Ces programmes seraient cofinancés par l'Union européenne et les pays partenaires, avec un objectif de double bénéfice : répondre aux pénuries de main-d'œuvre en Europe et offrir des perspectives aux jeunes Méditerranéens.

Le recrutement serait ensuite facilité par des canaux légaux et transparents, avec des contrats de travail préalables à l'arrivée. Cela réduirait les passages irréguliers et les risques de traite des êtres humains. Les auteurs citent l'exemple de partenariats bilatéraux réussis, mais appellent à une généralisation à l'échelle régionale.

Circulation et retour : rompre avec la logique de l'échec

Le troisième pilier concerne la circulation : les auteurs souhaitent des visas de courte durée pour les étudiants, les chercheurs et les travailleurs saisonniers, favorisant une mobilité circulaire. Ils insistent sur la nécessité de reconnaître les compétences acquises dans les pays d'accueil, via des systèmes de validation et de transfert de crédits.

Enfin, le retour des compétences est un axe clé. Au lieu de considérer le retour comme un échec, la tribune propose de le préparer dès l'arrivée, avec des dispositifs d'accompagnement à la réinsertion professionnelle dans le pays d'origine. Des programmes de mentorat et de soutien à la création d'entreprise sont évoqués pour que les migrants puissent contribuer au développement de leur pays d'origine.

Une mise en œuvre concrète et chiffrée

Pour illustrer la faisabilité, les auteurs avancent un chiffre : un investissement de 1 milliard d'euros sur cinq ans permettrait de former 200 000 personnes par an dans les pays partenaires. Ce montant représenterait une fraction des coûts actuels de gestion des crises (surveillance des frontières, centres de rétention, opérations de sauvetage).

Ils proposent une feuille de route en plusieurs étapes : lancement d'un dialogue régional sous l'égide de l'Union pour la Méditerranée, création d'une agence méditerranéenne de la mobilité et des compétences, puis déploiement progressif des programmes pilotes dans trois pays (Maroc, Tunisie, Sénégal).

Les auteurs concluent que cette politique ne résoudra pas tout, mais qu'elle offrirait une alternative crédible à l'immobilisme actuel. Ils appellent les gouvernements des deux rives à saisir cette opportunité historique pour construire une coopération durable, fondée sur l'intérêt mutuel et le respect des droits humains. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques.

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