Le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l'Est libyen, étend son emprise sur le vaste Sud désertique du pays, se positionnant comme un acteur clé du Sahara. Selon des informations recueillies par Libération, il contrôle désormais des routes commerciales et des zones riches en ressources naturelles, consolidant son pouvoir face au gouvernement d'union nationale basé à Tripoli.
Une emprise croissante sur le Sud libyen
Depuis sa base de Benghazi, Haftar a progressivement étendu son autorité sur les régions du Fezzan, notamment autour de Sebha et de la frontière avec le Tchad et le Niger. Des témoignages locaux rapportent la présence de ses forces armées, l'Armée nationale libyenne (ANL), dans des localités stratégiques comme Al-Jufra, où se trouve une base aérienne majeure. Cette présence militaire s'accompagne d'un contrôle accru sur les installations pétrolières et les infrastructures de transport.
Selon des analystes cités par le journal, cette stratégie vise à renforcer la position de Haftar dans les négociations politiques, alors que la Libye reste divisée depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Le maréchal, soutenu par des puissances étrangères comme la Russie et les Émirats arabes unis, cherche à créer un fait accompli sur le terrain pour peser sur l'avenir du pays.
Un contrôle stratégique des routes et des ressources
Le Sud libyen est un carrefour crucial pour les routes migratoires et commerciales transsahariennes. En prenant le contrôle de ces axes, Haftar peut influencer les flux de marchandises, de carburant et de migrants. Des sources locales indiquent que des taxes sont prélevées aux points de contrôle tenus par ses forces, générant des revenus substantiels. Cette mainmise économique renforce son autonomie financière vis-à-vis du gouvernement central.
Par ailleurs, la région recèle d'importantes réserves d'or, de fer et de pétrole, dont l'exploitation reste largement informelle. En sécurisant ces zones, Haftar s'assure des ressources supplémentaires pour financer son appareil militaire et étendre son influence au-delà des frontières libyennes, notamment au Tchad et au Niger, où des groupes armés lui seraient affiliés.
Des réactions contrastées sur la scène internationale
Cette expansion suscite des inquiétudes parmi les pays voisins et les puissances occidentales. La France, historiquement impliquée dans la région, observe avec attention les manœuvres de Haftar, tout en appelant à un dialogue politique inclusif. Les Nations unies, qui tentent de faciliter des élections en Libye, voient dans cette situation un obstacle supplémentaire à la stabilisation du pays.
En réponse, le gouvernement d'union nationale, dirigé par Abdel Hamid Dbeibah, a condamné ces agissements, mais ses capacités d'action restent limitées face à la réalité du terrain. Selon des observateurs, la communauté internationale semble divisée : certains voient en Haftar un rempart contre l'instabilité et le terrorisme, tandis que d'autres le considèrent comme un facteur de fragmentation supplémentaire.
Dans ce contexte, les populations locales vivent sous la coupe de multiples factions, avec des services publics défaillants et une économie fragilisée. Les affrontements sporadiques entre tribus et groupes armés, souvent instrumentalisés par les forces de Haftar, maintiennent une insécurité chronique. Selon des données de l'ONU, environ 1,3 million de personnes ont besoin d'aide humanitaire dans le pays, un chiffre qui illustre l'ampleur de la crise.
Alors que les négociations politiques piétinent, la stratégie de Haftar semble viser un contrôle durable du Sahara, une région où les frontières sont poreuses et les alliances changeantes. Cette ambition pourrait redessiner les équilibres régionaux, avec des conséquences pour la sécurité de l'ensemble du Sahel. Selon des experts, la communauté internationale devra trouver un moyen de contrer cette dérive, sous peine de voir la Libye devenir un État failli durable, source de déstabilisation pour toute la région.



