Éthiopie : Abiy Ahmed et le TPLF, une haine tenace
Éthiopie : Abiy Ahmed et le TPLF, une haine tenace

Le conflit entre le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) reste profondément enraciné, deux ans après la signature de l'accord de paix de Pretoria en novembre 2022. Selon un rapport de l'International Crisis Group publié en août 2026, la méfiance mutuelle et les ressentiments historiques continuent de bloquer toute avancée vers une réconciliation durable.

Une trêve fragile mais une paix introuvable

L'accord de cessation des hostilités, négocié sous l'égide de l'Union africaine, a officiellement mis fin à deux ans de guerre qui ont fait des dizaines de milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes. Pourtant, sur le terrain, les violations du cessez-le-feu se multiplient, notamment dans les zones contestées de l'Ouest du Tigré, où des affrontements entre forces fédérales et milices locales sont régulièrement signalés.

Le gouvernement fédéral accuse le TPLF de ne pas avoir désarmé ses combattants, tandis que les dirigeants tigréens dénoncent l'occupation de leur région par les troupes érythréennes et amhara, toujours présentes malgré les engagements pris. Cette situation d'impasse alimente une animosité qui dépasse les simples différends politiques.

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Des racines historiques et personnelles

La haine entre Abiy Ahmed et le TPLF ne date pas de la guerre de 2020. Elle s'ancre dans l'histoire politique éthiopienne : le TPLF a dominé la coalition au pouvoir pendant près de trois décennies, jusqu'à l'arrivée d'Abiy en 2018, qui a marginalisé l'ancienne élite tigréenne. Les purges au sein de l'armée et du parti ont exacerbé les tensions, menant à une escalade verbale puis militaire.

Abiy Ahmed, dans ses discours, qualifie souvent le TPLF de "junte fasciste", tandis que les dirigeants tigréens le traitent de "dictateur" et l'accusent de vouloir effacer l'identité tigréenne. Ces rhétoriques enflammées, relayées par les médias des deux camps, entretiennent un climat de haine qui rend tout dialogue difficile.

Des conséquences humanitaires désastreuses

La persistance du conflit a des conséquences dramatiques pour la population. Selon l'ONU, plus de 5 millions de personnes dans le Tigré ont besoin d'aide humanitaire d'urgence, et 90 % des infrastructures de santé ont été détruites. Les coupures de communication et les restrictions d'accès entravent l'acheminement de l'aide, aggravant la famine et les épidémies.

Des témoignages recueillis par Human Rights Watch font état de violences sexuelles généralisées, de massacres de civils et de destructions délibérées de récoltes. Des deux côtés, les exactions sont documentées, mais aucune enquête indépendante n'a pu être menée à bien, faute de coopération des autorités.

Un avenir incertain

Les tentatives de médiation, notamment de la part de l'Union africaine et des États-Unis, n'ont pas abouti à un règlement politique. Les élections régionales prévues en 2026 dans le Tigré ont été reportées sine die, faute d'accord sur leur organisation. Le gouvernement fédéral exige la dissolution du TPLF comme préalable à toute négociation, ce que le parti refuse catégoriquement.

En attendant, la haine continue de se propager, alimentée par la propagande et les réseaux sociaux. Les jeunes Tigréens, qui ont grandi dans la guerre, nourrissent des sentiments de vengeance qui risquent de perpétuer le cycle de violence pour les générations à venir. La communauté internationale appelle à un dialogue inclusif, mais sans volonté politique des deux parties, la paix semble plus lointaine que jamais.

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