Le gouvernement espagnol assure que la quasi-totalité des migrants entrés à Ceuta depuis le début de la semaine sont repartis, alors que l'Union européenne doit tenir mardi une réunion ministérielle consacrée à cette crise. Madrid affirme avoir renvoyé au Maroc plus de 4 000 des quelque 8 000 personnes qui ont franchi la frontière de l'enclave en seulement quarante-huit heures. Il ne resterait désormais que quelques centaines de migrants, majoritairement des mineurs non accompagnés, pris en charge dans des centres saturés.
L'afflux a débuté à l'aube lundi, lorsque des centaines de jeunes Marocains, et quelques migrants subsahariens, ont profité d'une brèche dans la clôture frontalière. Selon la délégation du gouvernement espagnol à Ceuta, environ 8 000 personnes sont entrées dans l'enclave en deux jours, un record. Les autorités marocaines, qui contrôlent habituellement étroitement les abords de Ceuta, n'ont pas intervenu, une passivité que Madrid a dénoncée comme une forme de pression migratoire.
Une réponse policière et militaire immédiate
Face à cette marée humaine, l'exécutif espagnol a déclenché une opération de sécurisation d'ampleur. La Guardia Civil et l'armée ont été déployées sur les plages et le long du périmètre frontalier, tandis que les forces de l'ordre procédaient à des retours immédiats vers le Maroc, un mécanisme permis par l'accord de réadmission entre les deux pays. Selon le ministère de l'Intérieur, plus de 4 000 personnes ont ainsi été reconduites en l'espace de deux jours. Les centres d'accueil de Ceuta, conçus pour quelques centaines de personnes, ont rapidement été débordés. Des entrepôts et des hangars désaffectés ont été réquisitionnés pour héberger les migrants dans des conditions dénoncées par plusieurs ONG, qui évoquent un manque d'eau, de nourriture et de soins.
Le gouvernement de Pedro Sánchez, lui, insistait sur le retour à la normale. En fin de semaine, le ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a affirmé que la quasi-totalité des entrants étaient repartis. Les mineurs, eux, restent à Ceuta. Ils seraient encore près d'un millier, selon les autorités locales, dans l'attente d'une prise en charge ou d'un éventuel rapatriement. L'Espagne a demandé au Maroc de les reprendre, mais Rabat refuse pour l'heure tout retour forcé de ses ressortissants mineurs.
La crise diplomatique avec Rabat en toile de fond
Cette migration subite est la conséquence directe de la grave brouille diplomatique entre Madrid et Rabat. Le Maroc n'a pas digéré l'accueil en Espagne de Brahim Ghali, le chef du Front Polisario, hospitalisé à Logroño pour une infection au Covid-19. Pour Rabat, ce geste équivaut à un soutien aux indépendantistes sahraouis, dans un contexte de tension autour du Sahara occidental. En représailles, le royaume chérifien a relâché sa surveillance frontalière, laissant passer des milliers de personnes. Une instrumentalisation de la migration que Madrid dénonce ouvertement, mais que Rabat nie formellement.
La crise a pris une dimension européenne immédiate. L'Italie, la France et l'Allemagne ont exprimé leur solidarité avec l'Espagne. La Commission européenne a appelé à une réponse commune. C'est dans ce cadre que les ministres de l'Intérieur de l'UE se réuniront mardi en session extraordinaire, à la fois pour apporter un soutien à Madrid et pour réfléchir à la prévention de nouvelles crises du même type. Plusieurs capitales, notamment celles de l'Europe centrale, plaident pour un renforcement des frontières extérieures et une accélération des procédures de retour, tandis que les défenseurs des droits réclament des garanties pour les migrants, en particulier les mineurs.
Les mineurs, principale pomme de discorde
La situation des mineurs non accompagnés constitue le point le plus sensible. L'Espagne, qui a déjà en charge des milliers de jeunes migrants dans la péninsule, refuse de les laisser dans des centres de rétention. Selon le parquet de Ceuta, environ 900 mineurs se trouvent encore dans l'enclave, dont certains dans des conditions très précaires. Les ONG de protection de l'enfance alertent sur les risques de disparition et de passage à la clandestinité. De son côté, le gouvernement marocain propose que ces mineurs soient pris en charge dans le cadre de la coopération bilatérale, une option que Madrid juge insuffisante.
En attendant, la vie reprend difficilement son cours à Ceuta. Les plages ont rouvert, les forces de l'ordre ont réduit leur présence, et la frontière du Tarajal a retrouvé un calme apparent. Mais la crise a révélé la vulnérabilité de l'une des deux seules frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe. La réunion ministérielle de mardi devra répondre à une question simple : comment éviter qu'une nouvelle brouille diplomatique ne se transforme à nouveau en crise migratoire majeure.



