Il y a de la magie… Franchir le petit portillon branlant du jardin des Sambucs, c’est, comme dans les films fantastiques, entrer dans un autre monde merveilleux. Dans ce petit vallon patiemment planté et aménagé par Agnès et Nicholas Bruckin depuis près de trente ans, la nature est luxuriante et désobéissante. Les œuvres d’art construites avec des pierres de la rivière et des mosaïques jaillissent de la verdure, tandis que le discret glouglou de l’eau rythme la déambulation.
Le sentier serpente paresseusement, se faufile entre d’étranges colonnes de galets empilés et de verre, grimpe un escalier, musarde sur une terrasse où un joyeux bric-à-brac hétéroclite nourrit la rêverie, offre un banc sous une tonnelle d’où regarder la vie passer, si douce ici, puis dégringole dans une minuscule grotte de fraîcheur qui invite à la sieste. Chaque année, de nouvelles sculptures de pierres poussent au jardin, comme par enchantement.
Une balade poétique et contemplative
Le jardin s’étend sur 5 000 mètres carrés, une surface modeste qui en fait la plus petite balade du Gard, mais sans doute la plus poétique et la plus méditative. À quelques kilomètres de là, à Valleraugue, le très ardu chemin des 4 000 marches s’élance à l’assaut du mont Aigoual ; ici, tout est immersion, tous les sens en éveil. Le temps semble s’arrêter, et l’on se sent soudainement vivant au milieu du vivant : insectes qui vibrionnent, batraciens dans la mare, oiseaux qui pépient et fougères qui bruissent dans un souffle d’air.
Au détour d’un chemin, un bassin rafraîchissant surprend le promeneur. Ce vallon doit beaucoup à l’histoire familiale. « J’étais chevrière avec mon mari Nicholas quand, en 1994, nous avons repris cette terre vivrière de ma grand-mère sur le hameau du Villaret », raconte Agnès Bruckin. Au fil des ans, le vallon a été planté, « d’abord de plantes résistantes au froid, aujourd’hui de plantes qui se resèment seules ». Des murets ont été élevés, l’eau, si rare et précieuse, a été canalisée pour alimenter des mares où poussent des lotus.
Un jardin de contemplation labellisé
« Chaque année, une nouvelle construction s’ajoute », poursuit Agnès, mais la main de l’homme reste discrète, la nature demeure reine, libre et baroque. « On ne voulait pas juste une déambulation mais un jardin de contemplation qu’on a ouvert au public en 2004. On oublie trop souvent de regarder la nature », sourit celle qui, depuis trente ans, ne se lasse jamais de s’asseoir quelques minutes dans « son » paradis vert. Le jardin a été labellisé Jardin remarquable en 2020.
Ce lieu est un véritable paradis de biodiversité où tout est certifié écologique. « Au jardin des Sambucs, il n’y a pas de mauvaises herbes, tout est à sa place en fait », s’amuse Agnès. Véritable arche de Noé, il abrite salamandres, couleuvres, hérissons et renards, comme dans un conte de fées. Si le slow tourisme n’était pas un concept commercial galvaudé, on l’inventerait illico pour ce jardin. Ici, pas besoin de godillots de randonnée : le voyage est immobile, ou presque.
Une table bohème et des nuits cévenoles
Le jardin des Sambucs ne se dévore pas qu’avec les yeux. Sur la terrasse bohème et ombragée, Jeanne, la fille d’Agnès et Nicholas, propose une petite restauration gourmande née du potager : tomates, carottes, concombres, aubergines, fleurs comestibles, plantes aromatiques, framboises… « Je fais le pain maison et je propose des assiettes de tartines de crème de courgette au basilic et pomme, de crème d’oignons au persil et épices, selon l’inspiration, et pour le goûter de délicieux gâteaux », explique-t-elle.
Dans les verres, on découvre les saveurs subtiles d’un délice d’hibiscus aux épices ou d’un thé aux pétales de roses, le tout fait maison, évidemment. L’enchantement commence à table. Pour prolonger l’immersion cévenole, Marilou, la sœur aînée de Jeanne, propose juste au-dessus du jardin un gîte et deux chambres d’hôtes divines dans l’ancienne ferme familiale. L’accueil et le petit déjeuner y sont délicieux.
Un paradis menacé par la raréfaction de l’eau
Cette escapade buissonnière hors des circuits touristiques doit sa renommée au bouche-à-oreille. « Le jardin se découvre surtout par le bouche-à-oreille, se réjouit Agnès. Les visiteurs disent que c’est une parenthèse enchantée. Comme dans une bulle, on est protégé dans ce jardin. » L’impression de se promener dans un pays imaginaire et féerique est totale, tant la rumeur hostile du monde semble étouffée par tant de beauté et de calme.
Pourtant, le réchauffement climatique fait son œuvre, sournoisement. « L’eau devient rare, s’alarme la jardinière. On commence à faire des choix, on arrose surtout les jeunes arbres pour qu’ils fassent des racines, le potager souffre… » Un paradis menacé ? Peut-être. Raison de plus pour se dépêcher de s’offrir un bain de nature dans ce vallon d’exception.
Informations pratiques
Le jardin des Sambucs se situe au hameau du Villaret, à Saint-André-de-Majencoules. Il est ouvert tous les jours de 10 h à 17 h, sauf le mardi. Renseignements et réservations au 06 82 49 59 19.



