Benyamin Netanyahou a qualifié de « meilleure des conversations » son entretien du mardi 6 août à la Maison-Blanche avec Donald Trump. Pourtant, quelques mois plus tôt, lors des négociations pour le premier cessez-le-feu en Iran, le président américain avait traité le Premier ministre israélien de « complètement fou ». Ce revirement apparent soulève la question de la sincérité de la réconciliation.
Un besoin de visibilité mutuelle
Malgré des divergences ponctuelles, la relation entre les deux hommes n'affecte pas en profondeur la stabilité des liens israélo-américains, estime Hugh Lovatt, chargé de mission au programme Moyen-Orient et Afrique du Nord du Conseil européen des relations étrangères (ECFR). « Donald Trump a beaucoup d'égard vis-à-vis de Benyamin Netanyahou, même si par moments certains comportements ou actions ont pu l'agacer. »
Côté israélien, Netanyahou se prépare pour les élections législatives d'octobre prochain, où il n'est pas favori. Afficher une bonne entente avec Trump « peut beaucoup jouer en sa faveur dans ce contexte », analyse Hugh Lovatt. De plus, le Premier ministre est « toujours plus isolé sur la scène internationale », insiste Pierre Razoux, directeur des études de la Fédération méditerranéenne d'études stratégiques.
Dans les couloirs de la Maison-Blanche, la méfiance envers Netanyahou a grandi. Il est désormais perçu comme « pas fiable, difficile et capable de mener des actions à l'encontre des intérêts américains », ajoute Lovatt. Mais il est dans l'intérêt des deux parties de faire bonne figure, surtout face au régime iranien, « pour lui signifier qu'Américains et Israéliens sont – visuellement – sur la même ligne », explique Pierre Razoux.
Les points de friction persistants
Parmi les sujets qui fâchent, la vente de F-35 à la Turquie arrive en tête. Recep Tayyip Erdogan a affirmé en juillet que la Turquie avait « reçu la promesse d'un contrat pour cinq avions de chasse » après la visite de Donald Trump à Ankara. Tel Aviv dénonce une décision qui « détruirait l'équilibre des forces au Moyen-Orient ». Trump a répliqué : « Personne ne me dit ce que nous devrions vendre ou non. La Turquie a été un grand allié », tout en reconnaissant que « la Turquie n'est pas une grande fan d'Israël ».
Autre point de discorde : l'accord nucléaire américano-saoudien, signé la semaine précédente. Quelques heures après la signature, Trump a ajouté une condition : « l'adhésion de l'Arabie saoudite aux [...] Accords d'Abraham », c'est-à-dire la reconnaissance d'Israël.
Netanyahou et Trump sont également en désaccord « sur la manière de traiter les dossiers iranien, libanais, syrien et irakien », souligne Pierre Razoux.
Frappes conjointes avec Ryad : un message à plusieurs niveaux
Au lendemain de l'entretien, dont les caméras et photographes étaient exclus, les États-Unis ont mené des frappes en Irak avec leurs alliés saoudiens contre « des milices terroristes loyales à l'Iran ». Ce geste était-il un pied de nez à Israël ? Pour Hugh Lovatt, « ça n'a pas forcément de lien » avec les relations israélo-américaines.
Pierre Razoux y voit plutôt un « message de fermeté adressé à la fois au nouveau Premier ministre irakien mais surtout aux Iraniens, pour leur dire que les États-Unis traiteront toute attaque lancée depuis l'Irak comme une attaque venant directement d'Iran, avec toutes les conséquences que cela implique ».



