Une nouvelle ère ? À en croire les paroles de Xi Jinping, un vent de renouveau diplomatique semble souffler entre Pékin et Washington. Un sommet qualifié d'historique par les deux puissances, où chaque mot, chaque silence et chaque geste semblent pourtant porter le poids d'un équilibre géopolitique toujours plus fragile. Si le président chinois a salué une relation fondée sur des liens stables et une compétition gérée, il a également agité, sans équivoque, la menace d'un affrontement.
Un nouveau chapitre sous haute tension
Un nouveau chapitre s'ouvre ainsi dans les relations entre les États-Unis et la Chine, entre promesses de coopération et menace de tensions accrues. Car au milieu des sourires diplomatiques et des gestes de courtoisie, Pékin a tout de même rappelé sa ligne rouge absolue : Taïwan. Une mise en garde relayée par The New York Times et The Guardian. « Si elle est bien traitée, les relations entre les deux pays pourront rester globalement stables. Sinon, les deux pays se heurteront, voire entreront en conflit », a averti Xi Jinping.
Le piège de Thucydide
Face à son homologue américain, Xi Jinping a convoqué l'Histoire et l'un de ses concepts favoris. « La Chine et les États-Unis peuvent-ils dépasser le piège de Thucydide ? », a-t-il interrogé, en référence à la théorie selon laquelle la peur de Sparte face à l'ascension d'Athènes avait rendu la guerre inévitable. « Peuvent-ils collaborer pour relever les défis mondiaux et apporter davantage de stabilité au monde ? Ce sont là des questions que posent l'Histoire, le monde et les peuples », a-t-il poursuivi, selon The South China Morning Post.
Certes, Pékin n'a aucune intention de s'engager dans un affrontement direct avec Washington. Pourtant, la Chine ne renoncera à rien de ce qu'elle considère comme ses intérêts fondamentaux. « La Chine et les États-Unis ont tout à gagner à coopérer, et tout à perdre à s'affronter. Nous devrions être des partenaires, et non des rivaux », a martelé Xi Jinping, cité par China Daily. Pourtant, les États-Unis persistent à soutenir militairement Taïwan, au grand dam de Pékin.
Taïwan : la ligne rouge infranchissable
Si le communiqué officiel de la Maison-Blanche a soigneusement éludé toute référence à Taïwan, se concentrant sur la nécessité de maintenir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz, les médias chinois, eux, ont mis l'accent sur cette question. « La question taïwanaise est au cœur des relations sino-américaines », a réitéré Xi Jinping, selon Politico.
En effet, pour la Chine, la réunification avec l'île – considérée comme une province rebelle – constitue un impératif historique et une question de souveraineté nationale intangible. L'inquiétude grandit désormais chez les alliés asiatiques des États-Unis. Et si Donald Trump, en quête de concessions chinoises, finissait par adoucir la position américaine sur Taïwan ? « Certains alliés des États-Unis redoutent que Pékin n'obtienne des concessions sur Taïwan en échange de son aide sur d'autres dossiers », souligne le Financial Times. Une éventualité qui, si elle se matérialisait, risquerait de bouleverser l'équilibre sécuritaire en Asie-Pacifique.
Un test de coopération
L'ombre de la guerre au Moyen-Orient a, elle aussi, plané sur l'ensemble des discussions. CNN rapporte que les deux dirigeants se sont accordés sur un point inévitable : le détroit d'Ormuz « doit rester ouvert ». Une déclaration capitale alors que la fermeture partielle du corridor maritime par Téhéran menace l'approvisionnement énergétique mondial.
Pékin demeure l'un des principaux soutiens économiques de l'Iran et l'un des plus importants acheteurs de pétrole iranien. Mais la Chine dépend tout autant de la stabilité énergétique mondiale et redoute une conflagration régionale susceptible d'asphyxier une économie déjà fragilisée. Le géant chinois tente alors une délicate chorégraphie géopolitique : soutenir Téhéran sans provoquer l'effondrement de l'ordre commercial mondial ; contenir Washington sans provoquer de rupture brutale ; maintenir la pression sur Taïwan sans déclencher de confrontation militaire ouverte, rapporte Politico.
Des toasts (très) diplomatiques
Le cérémonial pékinois, aussi soigné soit-il, n'a pas réussi à dissimuler la dureté des rapports de force. El Mundo décrit une Pékin sous haute surveillance, la place Tian'anmen verrouillée, et Xi Jinping, figé au sommet des marches du Grand Palais du Peuple, accueillant Donald Trump avec tout le faste d'un empereur chinois. « Nous devons être des partenaires, non des rivaux », a martelé le président chinois. Selon la BBC, il a même poussé le raisonnement plus loin : « Le grand renouveau de la Chine et le “Make America Great Again” peuvent coexister. » Une formule à l'image de la stratégie actuelle de Pékin : persuader Washington que l'ascension chinoise n'est pas une menace existentielle pour les États-Unis.
Mais derrière les discours et les appels à la coopération, l'équilibre reste plus que précaire. Les États-Unis veulent endiguer la puissance chinoise sans déclencher de conflit ouvert. La Chine, elle, entend poursuivre son essor sans se laisser encercler. Et Taïwan reste le point de friction où se croisent ambitions nationales et tensions militaires.



