Budapest, vitrine d'une Hongrie pro-européenne grâce à la finale de la Ligue des champions
PSG-Arsenal : la Hongrie de Magyar en vitrine à Budapest

Le 12 avril au soir, dans les secondes qui suivent sa victoire, Péter Magyar affiche un sourire triomphant. Dans les rues de Budapest, ses partisans crient « C'est fini ! » et célèbrent la chute de Viktor Orbán après seize années de règne. Un mois et demi plus tard, le nouveau Premier ministre hongrois pourrait bien afficher la même mine réjouie avant la finale de la Ligue des champions, le samedi 30 mai. L'événement lui offre une vitrine rêvée pour montrer une autre Hongrie : plus ouverte, plus accueillante, et surtout plus européenne.

Budapest, capitale mondiale du football le temps d'un week-end

Le temps d'un week-end, Budapest sera le centre du football mondial. Des dizaines de milliers de supporters du PSG et d'Arsenal vont envahir les rues de la capitale hongroise. Les caméras des télévisions du monde entier seront braquées sur la ville. Des milliards de téléspectateurs suivront l'événement. Pour Péter Magyar, impossible de rêver meilleur décor afin de tourner symboliquement la page de son prédécesseur.

Depuis son arrivée au pouvoir, le nouveau dirigeant multiplie les gestes et petites attentions en direction de l'UE. Son premier déplacement officiel à l'étranger n'a d'ailleurs rien d'un hasard : il a choisi la Pologne de Donald Tusk, figure du camp pro-européen. Un signal fort après des années de tensions entre Budapest et Bruxelles sous Viktor Orbán, accusé d'avoir transformé la Hongrie en « cheval de Troie » de Moscou au sein de l'UE.

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Une tribune politique mondiale

« C'est un événement vu par des millions, voire des milliards de téléspectateurs. Magyar va forcément s'en servir comme tribune politique », analyse Kévin Veyssière, fondateur du média FC Geopolitics, spécialisé dans les liens entre le football et les relations internationales. Sans forcément faire de grand discours idéologique, le nouveau Premier ministre peut profiter de l'ambiance festive, des fan-zones et de l'accueil réservé aux supporters européens pour envoyer un message : la Hongrie veut redevenir un partenaire fréquentable.

Et le symbole est d'autant plus fort que le football fut longtemps le terrain de jeu préféré de Viktor Orbán. Le dirigeant nationaliste avait investi des milliards dans les infrastructures sportives. Stades flambant neufs, académies de football, relations privilégiées avec l'UEFA : le ballon rond était devenu un outil politique central de son pouvoir.

Le football, l'héritage d'Orbán

Pendant la pandémie de Covid, Budapest s'était même imposée comme une place forte du football européen. Alors que de nombreux pays limitaient l'accès aux stades, la Hongrie avait continué d'accueillir des matchs avec des jauges importantes. L'UEFA s'était largement appuyée sur cette disponibilité pour sauver plusieurs compétitions. « La Hongrie et l'UEFA ont une histoire assez forte depuis cette période, rappelle Kévin Veyssière. Orban a beaucoup misé sur le football pour essayer de normaliser son régime à l'international. »

Ironie de l'histoire : celui qui récoltera aujourd'hui les bénéfices politiques de cet héritage n'est plus Orban, mais son tombeur. Le nouveau pouvoir profite désormais d'infrastructures modernes, d'une organisation rodée et d'une capitale habituée aux grands événements sportifs. Tout ce qu'Orban avait construit pour asseoir sa propre influence sert désormais la communication de son successeur.

Défi immense pour Magyar

Le défi reste néanmoins immense pour Péter Magyar. Derrière les sourires et les drapeaux des supporters, le pays demeure profondément marqué par seize années de pouvoir nationaliste. Les relations avec l'Union européenne restent fragiles. Bruxelles continue de geler plusieurs milliards d'euros destinés à Budapest en raison des atteintes à l'État de droit reprochées au précédent gouvernement.

Le nouvel homme fort de la Hongrie le sait : en politique comme dans le football, l'image compte énormément. Et durant quelques heures, Budapest aura l'occasion de raconter une nouvelle histoire aux Européens. Une histoire faite de terrasses bondées, de chants de supporters, de fan-zones géantes et d'une capitale qui veut redevenir un pont vers l'ouest plutôt qu'une porte entrouverte vers Moscou.

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