La demi-finale de la Coupe du monde 2022 entre le Maroc et la France, prévue mercredi 14 décembre, revêt une dimension bien plus large que le simple cadre sportif. Pour l'historien Pierre Vermeren, spécialiste du Maghreb, ce match est porteur d'un enjeu symbolique considérable pour le Maroc, tant sur le plan national que dans ses rapports avec la France.
Un match au lourd passé historique
Pierre Vermeren rappelle que le Maroc a été un protectorat français de 1912 à 1956, et que les relations entre les deux pays restent marquées par cette histoire. « Pour le Maroc, affronter la France en demi-finale d'une Coupe du monde, c'est un peu comme un match de revanche symbolique », explique-t-il. « C'est l'occasion de montrer que le Maroc, ancienne colonie, est désormais capable de rivaliser avec l'ancienne puissance coloniale sur la scène mondiale. »
Le parcours exceptionnel du Maroc, première équipe africaine et arabe à atteindre les demi-finales, a déjà suscité une vague de fierté dans tout le monde arabe et en Afrique. Selon Vermeren, ce match contre la France ajoute une couche supplémentaire d'émotion et de signification.
Des enjeux identitaires forts
L'historien souligne que la rencontre met aussi en lumière les questions identitaires au sein même de la France, où vit une importante diaspora marocaine. « Pour les Franco-Marocains, ce match est un véritable casse-tête identitaire », note-t-il. « Ils sont tiraillés entre leur attachement à la France et leur fierté pour les exploits de l'équipe marocaine. »
Vermeren estime que ce match pourrait avoir un impact durable sur la perception du Maroc en France et dans le monde. « Une victoire du Maroc serait perçue comme un symbole fort de l'émergence du Sud global », affirme-t-il. « Elle renforcerait l'image d'un Maroc moderne et conquérant. »
Un contexte politique sensible
Le match intervient dans un contexte politique tendu entre les deux pays, marqué par des divergences sur la question du Sahara occidental et des relations diplomatiques parfois houleuses. Vermeren rappelle que le Maroc a récemment renforcé ses liens avec d'autres puissances, comme Israël ou les États-Unis, cherchant à diversifier ses alliances.
« Une performance sportive de haut niveau pourrait servir de levier diplomatique pour le Maroc », analyse l'historien. « Cela montrerait que le pays est un acteur incontournable sur la scène internationale, y compris dans des domaines non politiques. »
Selon un sondage réalisé par l'institut marocain Sunergia, 78 % des Marocains considèrent que ce match est important pour l'image du pays à l'international. Ce chiffre illustre l'ampleur de l'enjeu perçu par la population.
Un moment de communion nationale
Au-delà des considérations géopolitiques, Pierre Vermeren insiste sur le rôle fédérateur du football. « Ce match est un moment de communion nationale pour le Maroc, où toutes les classes sociales et toutes les régions se retrouvent derrière l'équipe », dit-il. « C'est une occasion rare de célébrer l'unité et la diversité du pays. »
L'historien conclut en notant que, quel que soit le résultat, le Maroc a déjà gagné en visibilité et en respect. « Mais une victoire contre la France serait un symbole historique, un peu comme celle de l'Algérie contre l'Égypte en 2009, mais en plus fort », compare-t-il. « Le Maroc joue donc bien plus qu'un match de football. »



