Islande : 52,8 % de non à la reprise des négociations avec l'UE
Islande : 52,8 % de non à la reprise des négociations UE

Les électeurs islandais ont majoritairement rejeté la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, avec 52,8 % de voix pour le « non » contre 47,2 % pour le « oui », lors d'un référendum consultatif organisé samedi 29 août. Le scrutin ne portait pas directement sur une adhésion à l'UE, mais sur la possibilité de rouvrir les négociations en vue de celle-ci, un éventuel accord devant ensuite être soumis à un nouveau référendum. Le résultat a été résumé par le journal suisse Le Temps dans son édition du dimanche 30 août : « Pour les Islandais, c'est "Nei !" ».

Une division profonde entre la capitale et les régions rurales

Les résultats ont mis en évidence une fracture nette entre les électeurs de la région de la capitale et ceux du reste du pays, largement rural. Dans les six circonscriptions du pays, seuls les deux districts du centre de Reykjavik ont voté majoritairement en faveur de la reprise des discussions. Le quotidien britannique The Guardian observe que « les chiffres ont montré à quel point l'Islande était divisée sur la question » et que « les résultats ont montré une profonde fracture entre les électeurs de la région de la capitale et ceux du reste de ce pays largement rural, où certains ont le sentiment que l'identité nationale risque d'être oubliée ».

La campagne précédant le scrutin a été particulièrement délicate, régulièrement comparée par les analystes au Brexit de 2016 ou au climat de désinformation régnant aux États-Unis sous Donald Trump. Selon Le Temps, « Bruxelles a été priée de rester à l'écart » et de ne pas intervenir dans le référendum consultatif islandais, preuve de la sensibilité du débat.

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Les arguments des partisans du « non » et du « oui »

Les partisans d'un rapprochement avec l'UE ont accusé la campagne du « non » de jouer sur les peurs, en présentant la pêche et l'agriculture, deux secteurs liés à l'identité islandaise et indispensables à son économie, comme menacées par une adhésion. Parmi les arguments avancés par les opposants aux négociations, « figurait l'idée que l'UE agirait comme une "nouvelle superpuissance" au-dessus de l'Islande et pourrait transformer le pays en un "village de pêche sans quotas", où des entreprises étrangères pourraient investir dans le secteur islandais de la pêche, très prisé et extrêmement lucratif, plaçant les droits de pêche et les bénéfices entre les mains d'acteurs extérieurs », détaille The Guardian.

Pour les partisans du « oui », l'adhésion constitue désormais la solution la plus évidente pour stabiliser les fluctuations de la couronne (la monnaie nationale), ainsi que les taux d'intérêt et l'inflation élevés du pays, en permettant à terme de passer à l'euro. Le contexte a changé depuis 2009, lorsque, après la crise financière, l'effondrement des banques islandaises et la chute de la monnaie avaient conduit le pays à envisager une adhésion, projet qui s'était essoufflé avec la reprise économique.

Une réaction sobre de l'UE et des interrogations sur l'avenir

Le bloc des Vingt-Sept est aussi perçu par une partie de la population comme un ancrage face à Donald Trump, qui menace depuis des mois de s'emparer du Groenland, voisin le plus proche de l'Islande. « Un fait qui n'est pas anodin pour une île qui ne possède pas d'armée et dont la défense repose notamment sur les États-Unis et l'Otan », souligne le journal belge L'Avenir. Malgré tout, le « non » islandais rappelle que, « comme dans le cas du Brexit, les considérations économiques ne l'emportent pas toujours sur les arguments liés à l'identité nationale, ou à la souveraineté », analyse le journal conservateur anglais The Telegraph.

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La Commission européenne a répondu « prendre note » et « respecter » l'issue du vote. Ni la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, ni le président du Conseil européen, António Costa, ne se sont directement exprimés. « C'est cette sobriété des réactions qui illustre le mieux le fort impact du rejet exprimé par l'île arctique, que l'UE espérait éviter malgré des sondages très serrés », remarque le quotidien espagnol El Pais. Le journal italien Il Foglio va plus loin : « Si pour Reykjavik ce vote ne change fondamentalement rien (...) pour Bruxelles, en revanche, cela change tout », insiste-t-il, car la décision contrarie doublement les ambitions de l'UE, dans sa politique d'élargissement et dans son espoir d'être rejoint par un pays riche, stable et à la démocratie irréprochable, « qui remplit pratiquement toutes les conditions pour entrer dans l'UE ».

Le président conservateur allemand de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, David McAllister, a assuré que « le résultat ne change rien aux relations » bilatérales, l'Islande étant déjà membre de l'Espace économique européen (EEE) et de l'espace Schengen. Vu la taille de la population islandaise, à peine 400 000 habitants, l'écart a été infime : un peu plus de 12 000 voix. Si le vote avait uniquement une valeur consultative, il reste « un mauvais signal pour Bruxelles », conclut Le Temps. La question de savoir si le gouvernement islandais va demander au Parlement d'amorcer un processus de retrait formel de la candidature déposée en 2010 reste ouverte, le journal suisse estimant que « le dossier n'est pas définitivement enterré... mais bien enfoui ».