Au moins 40 personnes ont été tuées lors d'une attaque menée par des gangs armés à Gressier, une commune située à une vingtaine de kilomètres de Port-au-Prince, la capitale haïtienne. Le bilan a été communiqué par le maire de la commune, Jean-Claude Saint-Louis, qui a dénoncé une « tuerie de masse » dans une zone déjà fragilisée par l'insécurité chronique.
Une attaque d'une violence extrême dans une zone périurbaine
Selon les premières informations recueillies auprès des autorités locales, l'attaque s'est déroulée dans la nuit du lundi 24 août au mardi 25 août 2026, dans le quartier de Mariani, situé sur la route nationale n°2 qui relie la capitale à la péninsule du Sud. Des hommes armés, appartenant vraisemblablement à la coalition de gangs connue sous le nom de « Viv Ansanm », ont ouvert le feu sur les habitants et incendié plusieurs maisons et véhicules.
Le maire Jean-Claude Saint-Louis a indiqué que les victimes étaient majoritairement des civils, dont des femmes et des enfants. Il a précisé que le bilan pourrait s'alourdir, car des corps calcinés ont été découverts dans les décombres des habitations incendiées. « Nous avons dénombré au moins 40 morts, mais il y a encore des personnes portées disparues et des corps qui n'ont pas pu être identifiés », a-t-il déclaré.
Un contexte d'insécurité aggravé par l'instabilité politique
Cette attaque intervient dans un climat de violences extrêmes qui sévit en Haïti depuis plusieurs mois. La région métropolitaine de Port-au-Prince est en grande partie contrôlée par des gangs armés, qui multiplient les exactions : meurtres, enlèvements, viols et pillages. Selon les Nations unies, plus de 3 600 personnes ont été tuées dans le pays entre janvier et juin 2026, et près de 700 000 personnes sont déplacées à l'intérieur du territoire.
Le gouvernement haïtien, dirigé par le premier ministre Garry Conille, a dénoncé une « attaque barbare » et promis de renforcer la présence des forces de l'ordre dans la zone. Toutefois, la police nationale, sous-équipée et débordée, peine à endiguer la progression des gangs, qui étendent leur emprise sur de nouvelles communes périphériques de la capitale.
Une population prise en otage et une aide humanitaire entravée
Les habitants de Gressier, comme ceux des zones voisines, vivent dans la terreur permanente. Beaucoup ont déjà fui leurs foyers, cherchant refuge dans des camps de déplacés ou auprès de proches dans d'autres régions. L'accès à la nourriture, à l'eau potable et aux soins de santé est devenu extrêmement difficile, les routes étant régulièrement bloquées par les gangs ou par des barricades érigées par les résidents pour se protéger.
Les organisations humanitaires, dont le Programme alimentaire mondial (PAM) et Médecins sans frontières (MSF), alertent sur la dégradation de la situation. Elles appellent à un couloir humanitaire pour acheminer l'aide aux populations piégées. Selon l'UNICEF, plus de 2 millions d'enfants haïtiens sont privés de scolarité en raison de l'insécurité et de la fermeture de nombreuses écoles.
La communauté internationale, bien que préoccupée, n'a pas encore réagi concrètement à cette nouvelle tuerie. Une mission multinationale de soutien à la police haïtienne, dirigée par le Kenya et mandatée par l'ONU, est déployée sur le terrain depuis plusieurs mois, mais ses effectifs restent limités et ses moyens insuffisants pour sécuriser l'ensemble du territoire.
Un bilan humain lourd et des conséquences durables
Cette attaque de Gressier s'ajoute à une longue liste de massacres perpétrés par les gangs dans la région de la capitale. En juillet 2026, une opération similaire dans la commune de Cité Soleil avait fait au moins 150 morts. Les analystes estiment que les gangs cherchent à étendre leur contrôle territorial avant une éventuelle intervention internationale plus robuste, ou dans le but de négocier en position de force avec les autorités.
Le maire Jean-Claude Saint-Louis a lancé un appel pressant au gouvernement et à la communauté internationale : « Nous avons besoin d'une action urgente pour protéger les civils. Chaque jour qui passe, des vies sont perdues et des familles sont brisées. » Il a également demandé l'ouverture d'une enquête indépendante sur ces événements afin que les responsables répondent de leurs actes.
Alors que le pays s'enfonce dans une crise humanitaire et sécuritaire sans précédent, les habitants de Gressier et des zones avoisinantes demeurent dans l'attente d'une réponse concrète. Les prochaines semaines seront décisives pour l'avenir de la région, entre renforcement des forces de l'ordre, négociations avec les gangs et mobilisation de l'aide internationale. Le bilan de cette attaque, qui pourrait encore s'alourdir, marque un nouveau palier dans la spirale de violences qui frappe Haïti.



