Au Brésil, la question de la succession de Jair Bolsonaro agite déjà les cercles politiques de droite. L’ancien président, condamné à l’inéligibilité jusqu’en 2030 par la justice électorale pour avoir diffusé des informations frauduleuses sur le système de vote, ne peut pas se représenter en 2026. Son fils aîné, Flávio Bolsonaro, sénateur de Rio de Janeiro, apparaît comme le candidat naturel pour reprendre le flambeau. Selon Le Point, il est le principal héritier politique d’un mouvement qui reste très influent dans le pays.
Un parcours politique calqué sur celui du père
Flávio Bolsonaro, 43 ans, a été élu député de l’État de Rio de Janeiro en 2002, puis réélu à plusieurs reprises avant de devenir sénateur en 2018, la même année que l’élection de son père à la présidence. Il s’est fait connaître pour ses positions ultraconservatrices sur les mœurs et la sécurité, ainsi que pour son soutien inconditionnel aux politiques économiques libérales de l’ancien gouvernement. Il préside actuellement la commission des Affaires sociales du Sénat, un poste stratégique pour peser sur les réformes.
Son ascension n’est pas un hasard. Depuis que Jair Bolsonaro a perdu l’élection de 2022 face à Lula, le clan Bolsonaro s’organise pour maintenir son emprise sur l’électorat conservateur. Flávio est le plus connu des quatre fils de l’ancien président et celui qui a le plus d’expérience parlementaire. Il bénéficie d’une notoriété immédiate auprès des 58 millions d’électeurs qui ont voté pour son père au second tour.
Les obstacles judiciaires et politiques
Pourtant, la route vers le palais du Planalto est semée d’embûches. Flávio Bolsonaro est lui-même visé par plusieurs enquêtes. La plus avancée concerne des soupçons de détournement de fonds publics lorsqu’il était député à l’Assemblée législative de Rio de Janeiro. Selon l’accusation, une partie des salaires de ses collaborateurs aurait été reversée au sénateur, un système de « rachat » de salaires. Le parquet de Rio a déjà requis sa condamnation pour corruption passive, blanchiment d’argent et association criminelle. Flávio nie toute irrégularité et dénonce une « persécution politique ».
En parallèle, la gauche au pouvoir, menée par Lula, cherche à verrouiller le scénario d’une succession Bolsonaro. L’actuel président a déjà laissé entendre qu’il briguerait un second mandat en 2026, ce qui réduirait les chances d’un candidat d’opposition unique. Flávio doit aussi compter avec d’autres prétendants de la droite, comme le gouverneur de São Paulo, Tarcísio de Freitas, ou la sénatrice Damares Alves, tous deux proches de l’ancien président.
Un héritage électoral solide mais fragile
Malgré les enquêtes, le nom Bolsonaro reste une marque politique puissante. Un sondage récent de l’institut Datafolha indique que 31 % des Brésiliens se déclarent prêts à voter pour un candidat soutenu par Jair Bolsonaro, même si ce dernier ne peut pas se présenter. Flávio capitalise sur cette loyauté. Il a multiplié les apparitions publiques aux côtés de son père, notamment lors des manifestations du 7 septembre, fête de l’Indépendance, où il a pris la parole devant des milliers de partisans.
« Je suis prêt à assumer la responsabilité de représenter le Brésil si le peuple le décide », a déclaré Flávio lors d’un événement à Brasília, cité par Le Point. Cette déclaration, bien que prudente, confirme ses ambitions. Il sait que pour l’emporter, il devra non seulement surmonter les obstacles judiciaires, mais aussi unifier une droite brésilienne fragmentée entre libéraux, évangéliques et nationalistes.
L’enjeu est immense. Si Flávio Bolsonaro parvient à se présenter et à gagner, il deviendrait le premier fils à succéder à son père à la tête du Brésil depuis Getúlio Vargas et son fils Getulinho, une hypothèse qui inquiète les démocrates brésiliens. La décision finale sur son éligibilité dépendra des tribunaux, qui pourraient le déclarer inéligible avant 2026, comme ils l’ont fait pour son père.



