Le départ du député conservateur allemand Jens Spahn, qui a eu recours à une mère porteuse aux États-Unis, a relancé le débat sur la gestation pour autrui (GPA) en Allemagne, où cette pratique est interdite. Spahn, figure influente de la CDU et ancien ministre de la Santé, a annoncé qu'il quittait le Bundestag après 22 ans de mandat, suscitant des réactions contrastées.
Un recours à la GPA qui fait débat
Jens Spahn et son mari, Daniel Funke, ont eu recours à une mère porteuse américaine pour devenir parents. Cette information, révélée par le magazine Bunte, a provoqué une onde de choc dans le paysage politique allemand. En Allemagne, la GPA est interdite par la loi sur la protection de l'embryon, qui punit le recours à une mère porteuse d'une peine pouvant aller jusqu'à un an de prison. Toutefois, la loi ne s'applique pas aux actes commis à l'étranger, ce qui a permis à Spahn de contourner l'interdiction.
Les réactions politiques
La décision de Spahn a divisé la classe politique. La ministre de la Famille, Lisa Paus (Verts), a estimé que « le recours à une mère porteuse soulève des questions éthiques et juridiques complexes ». De son côté, le secrétaire général de la CDU, Carsten Linnemann, a défendu Spahn en affirmant que « sa vie privée ne regarde personne ». Selon un sondage réalisé par l'institut YouGov, 62 % des Allemands estiment que la GPA devrait être légalisée sous certaines conditions.
Un vide juridique persistant
L'affaire met en lumière les lacunes de la législation allemande. La GPA est interdite, mais de nombreux couples se rendent à l'étranger pour y avoir recours. Selon le ministère de la Justice, environ 200 enfants naissent chaque année de mères porteuses pour des parents allemands, principalement aux États-Unis et en Ukraine. « Il est temps d'ouvrir un débat sérieux sur la GPA en Allemagne », a déclaré la députée verte Katrin Göring-Eckardt.
Les positions des partis
Les partis politiques sont divisés sur la question. La CDU/CSU et l'AfD s'opposent à toute légalisation, tandis que les Verts et le SPD se montrent ouverts à une réglementation. Le FDP plaide pour une légalisation encadrée. « Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur la réalité », a affirmé le député libéral Konstantin Kuhle. « Des milliers de familles allemandes contournent déjà l'interdiction. Il faut une loi qui protège toutes les parties impliquées. »
L'impact sur la carrière de Spahn
Jens Spahn, âgé de 44 ans, était considéré comme un possible successeur d'Armin Laschet à la tête de la CDU. Son départ du Bundestag a surpris, mais il a assuré vouloir « consacrer plus de temps à sa famille ». Selon des sources proches, il pourrait se tourner vers le secteur privé. Son recours à la GPA a toutefois terni son image auprès de l'aile conservatrice de son parti.
Vers une évolution de la loi ?
Le débat sur la GPA est régulièrement relancé en Allemagne, mais aucune réforme majeure n'a abouti. Le gouvernement Scholz, qui réunit SPD, Verts et FDP, a inscrit la question dans son contrat de coalition, mais les divergences internes freinent les avancées. Selon une étude de l'université de Hambourg, 71 % des Allemands sont favorables à une légalisation de la GPA altruiste, mais seulement 24 % soutiennent la GPA commerciale.
Les arguments des opposants
Les opposants à la GPA, notamment les associations féministes et religieuses, dénoncent une « marchandisation du corps des femmes ». « La GPA transforme les femmes en incubateurs », a déclaré la porte-parole de l'association Terre des Femmes. De son côté, l'Église catholique allemande a rappelé son opposition « à toute forme de maternité de substitution ». Ces arguments trouvent un écho auprès d'une partie de la population, notamment dans les Länder conservateurs de Bavière et de Bade-Wurtemberg.
Les espoirs des familles concernées
Pour les couples confrontés à l'infertilité, la GPA représente souvent le dernier espoir d'avoir un enfant. « Nous avons essayé toutes les méthodes possibles, sans succès », témoigne Anna, 38 ans, qui a eu recours à une mère porteuse en Ukraine. « Nous ne voulons pas être des criminels. Nous voulons simplement fonder une famille. » Son témoignage illustre le dilemme auquel sont confrontées de nombreuses familles allemandes.
Conclusion
Le départ de Jens Spahn a remis la GPA sur le devant de la scène politique allemande. Alors que les positions restent tranchées, le débat semble inévitable. Reste à savoir si le gouvernement aura le courage de légiférer sur un sujet aussi sensible. Selon le politologue Hans Vorländer, « la question de la GPA est devenue trop importante pour être ignorée. Le départ de Spahn pourrait être le catalyseur d'un véritable débat de société. »



