La juge vénézuélienne Maria Lourdes Afiuni, détenue depuis la fin des années 2000, a retrouvé sa pleine liberté, a annoncé samedi 8 août l'ONG Foro Penal, spécialisée dans la défense des prisonniers politiques. Cette décision met fin à près de quinze années de détention pour celle qui était devenue un symbole de la répression judiciaire sous les gouvernements d'Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro.
Une libération après des années de lutte
Maria Lourdes Afiuni, 61 ans, avait été arrêtée en décembre 2009, alors qu'elle était juge d'instruction. Elle avait ordonné la libération conditionnelle d'un homme d'affaires opposant au gouvernement, Eligio Cedeño, détenu sans jugement depuis plusieurs années. Cette décision lui avait valu d'être accusée de « complicité de fuite » et de « corruption », avant d'être condamnée à trente ans de prison en 2011, après un procès jugé inéquitable par de nombreuses organisations internationales.
Après avoir passé plus de cinq ans en détention préventive, elle avait été assignée à résidence en 2015, puis placée sous bracelet électronique en 2017. Sa libération conditionnelle avait été accordée en 2021, mais elle restait sous contrôle judiciaire. Selon Foro Penal, la juge a désormais recouvré l'intégralité de ses droits, sans aucune restriction.
Une décision saluée par l'opposition
Cette libération intervient alors que le Venezuela traverse une crise politique profonde, marquée par la contestation des résultats de l'élection présidentielle de juillet 2024. L'opposition, menée par María Corina Machado, a salué « une victoire pour la justice et la dignité ». Dans un communiqué, elle a souligné que « la libération de Maria Lourdes Afiuni est un pas important, mais il reste encore de nombreux prisonniers politiques à libérer ».
Le parti au pouvoir n'a pas réagi officiellement, mais cette décision pourrait être perçue comme un geste d'apaisement à l'approche de nouvelles négociations avec l'opposition, sous l'égide de la médiation internationale. Selon Foro Penal, il y aurait encore environ 300 prisonniers politiques au Venezuela, un chiffre contesté par le gouvernement.
Un symbole de la lutte contre l'arbitraire
Maria Lourdes Afiuni est devenue une figure emblématique de la défense des droits humains au Venezuela. Son cas avait été relayé par des organisations comme Amnesty International, qui avait lancé une campagne pour sa libération. En 2013, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme avait évoqué son cas comme un exemple de « l'absence d'indépendance du pouvoir judiciaire » dans le pays.
Sa libération complète est perçue comme un signal positif par la communauté internationale, même si les critiques restent vives à l'égard du régime de Nicolás Maduro. Les États-Unis, qui ont imposé des sanctions pétrolières au Venezuela, n'ont pas encore commenté cette affaire. L'Union européenne a, quant à elle, exprimé son espoir que cette décision « ouvre la voie à d'autres libérations ».
La juge Afiuni, qui a toujours clamé son innocence, devrait désormais pouvoir reprendre une vie normale. Son avocat, José Vicente Haro, a déclaré : « C'est une grande joie, mais aussi un rappel que la justice est encore loin d'être rendue au Venezuela. Nous espérons que ce jour marque le début d'une nouvelle ère pour le pays. »
Cette affaire met en lumière les défis persistants du système judiciaire vénézuélien, où l'indépendance des juges reste fragile. La libération de Maria Lourdes Afiuni pourrait toutefois encourager d'autres démarches en faveur des droits humains dans le pays.



