Un tribunal suédois a condamné un homme à quatre ans de prison pour avoir contraint son épouse à se prostituer auprès d'une centaine d'hommes, dans une affaire qui a choqué le pays. Le verdict a été rendu public mercredi 16 juin 2026 par le tribunal de district de Stockholm.
Des faits d'une gravité exceptionnelle
Selon l'acte d'accusation, l'homme, âgé d'une trentaine d'années, avait forcé sa femme, une ressortissante étrangère, à se prostituer entre 2022 et 2024. Il organisait les rendez-vous avec les clients, fixait les tarifs et empochetait la totalité des gains. La victime, qui a témoigné sous anonymat, a déclaré avoir subi des violences physiques et psychologiques répétées.
Le procureur a qualifié les faits de "particulièrement graves", soulignant que l'homme avait fait preuve d'une "absence totale d'empathie" et avait traité sa femme comme une "marchandise". Sur la période, environ 150 hommes auraient eu recours à ses services, selon les enquêteurs.
Une condamnation rare pour traite des êtres humains
La Suède, qui a dépénalisé la vente de services sexuels tout en criminalisant leur achat depuis 1999, est réputée pour sa législation stricte en matière de prostitution. Cependant, les condamnations pour traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle restent peu fréquentes. Dans cette affaire, l'homme a été reconnu coupable de "traite des êtres humains" et de "proxénétisme aggravé".
En plus de la peine de prison, il devra verser 200 000 couronnes suédoises (environ 17 500 euros) de dommages et intérêts à son ex-épouse. Le tribunal a également ordonné son expulsion du territoire suédois à l'issue de sa peine, en raison de la nature des crimes commis.
Un parcours migratoire sous le signe de la contrainte
La victime, arrivée en Suède en 2021 après un mariage arrangé, espérait une vie meilleure. Mais rapidement, son mari l'a isolée, confisquant son passeport et la menaçant de représailles contre sa famille restée au pays. "Je n'avais pas le choix. Il me disait que si je n'obéissais pas, il s'en prendrait à ma mère", a-t-elle confié aux enquêteurs.
L'affaire a été révélée après que la femme a réussi à contacter une association d'aide aux victimes de violences conjugales, qui a alerté la police. Les enquêteurs ont pu recueillir des preuves numériques, notamment des messages sur des applications de rencontres et des relevés bancaires, qui ont permis d'identifier une partie des clients.
Une prise de conscience nécessaire
Cette condamnation intervient dans un contexte de débats en Suède sur l'efficacité des lois contre la prostitution. Si le modèle suédois est souvent cité en exemple, des voix s'élèvent pour dénoncer la stigmatisation des prostituées et l'insuffisance des moyens alloués à la protection des victimes de traite.
L'avocate de la partie civile a salué une décision "juste et proportionnée", tout en appelant à une meilleure coordination entre les services sociaux et la police pour détecter plus tôt ce type de situations. "Cette femme a eu le courage de parler, mais combien d'autres restent enfermées dans le silence ?", a-t-elle déclaré.
Le condamné, qui a nié les faits tout au long de la procédure, a annoncé son intention de faire appel. De son côté, la victime bénéficie désormais d'un statut de protection et d'un accompagnement psychologique, mais son avenir en Suède reste incertain.



